Performance de l’entreprise et besoin de compétences collectives

lundi, 10.06.2019

Christophe Clavé *

Christophe Clavé

La littérature managériale développe et exploite à grande échelle les thèmes liés au travail collectif, à la coopération, la collaboration, au travail en équipe, voire à la recherche de l’intelligence collective. Cependant la notion de «compétence collective» est très peu développée dans la littérature anglo-saxonne et est quasi-exclusivement le propre d’articles francophones.

C’est ce que démontrent Christian Defélix, Martine Le Boulaire, Vanessa Monties et Thierry Picq dans un intéressant article publié dans la revue @GRH en 2014.

Le travail en équipe

Au cours de ces vingt dernières années, les entreprises se sont emparées du thème du travail en équipe, promouvant le travail collectif ainsi que les profils individuels réputés «collaboratifs». La performance est décrite comme le résultat d’un travail en équipe, comme le fruit d’une collaboration productive.

Il est communément admis que le travail collectif est une des conditions de la performance.

L’ère post-taylorienne

L’histoire de l’homme et de son développement est avant tout basée sur la collaboration. Nos ancêtres vivaient en tribus, se regroupaient pour chasser, bâtir leurs cités, faire la guerre.

L’ère taylorienne (l’organisation scientifique du travail) qui domina l’organisation du travail au vingtième siècle fait figure d’exception en se caractérisant par la fragmentation des tâches et la généralisation du travail individuel.

Les entreprises sont entrées dans l’ère post-taylorienne et promeuvent le travail collectif dans toutes ses déclinaisons.

Les raisons de cette mutation se trouvent dans la croissance de l’incertitude et de l’imprévisibilité, la banalisation des technologies digitales, et la multiplication de situations qui requièrent de la coopération pour innover ou résoudre des problèmes complexes.

Comment définir ces compétences collectives aujourd’hui tant appréciées? Elles sont celles qui permettent d’agir en commun. Elles se construisent sur des compétences individuelles qui se combinent pour amplifier l’efficacité collective.

Il s’agit d’échanger, d’enrichir l’information, de partage des raisonnements, des résolutions de problèmes, des constructions stratégiques.

Elles sont la «capacité reconnue à un collectif de travail de faire face à une situation qui ne pourrait être assumée par chacun de ses membres seuls». Cette capacité se construit sur de nombreux éléments propres à chaque entreprise et aux individus qui la composent, et fait ressortir l’importance de partager un objectif commun, une mémoire collective, un langage commun et un engagement des membres qui composent le groupe (envie de travailler ensemble).

Les compétences collectives se nourrissent de capacités individuelles aussi bien que de l’organisation, le style de management, et la façon dont les décisions se prennent.

L’émergence de compétences collectives relève d’une savante combinaison d’échanges et de communication.

Peu d’entreprises parviennent à maintenir un fonctionnement centré sur les compétences collectives de façon continue, en dehors de séquences un peu exceptionnelles comme les groupes projets ou les équipes de résolutions de problèmes. Les compétences collectives n’apparaissent ainsi que par séquences, sur des problématiques et à des moments spécifiques, et ne sont pas intégrées dans la gestion permanente de la performance. Les entreprises qui flexibilisent leur organisation, raccourcissent les processus de prise de décision et deviennent agiles sont sans doute celles qui parviennent le mieux à pérenniser leurs compétences collectives.

* Professeur de stratégie & management INSEEC SBE

 

 





 
 
 

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