Penser l’horlogerie suisse autrement

mardi, 22.10.2019

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse

Le Salon international de la haute horlogerie de Genève change de nom pour marquer le changement d’époque, de temps. Il s’appellera désormais Watches and Wonders Geneva.

Il faut noter que ce glissement de sens vers le merveilleux, et Geneva -le tout en anglais- n’est pas sans rappeler à certain égard celui de Jean Calvin qui en 1541 à Genève précisément avait marqué de son empreinte l’histoire de l’horlogerie suisse: Il bannissait la joaillerie ostentatoire mais permettait la fabrication de montres. C’est à ce moment-là que le destin des horlogers et des orfèvres se lia pour la première fois. Aujourd’hui, on est en train de revivre une telle nouvelle alliance pour bien d’autres raisons. Marier «Montre et Merveille» c’est habile, et contemporain. On oublie la «Haute Horlogerie» de Franco Cologni et la segmentation de Fédération horlogère suisse (FHS), on se concentre sur le «Wonders»!

Explications. Les statistiques sont formelles: les Suisses ont perdu la bataille de l’entrée de gamme avec environ 2,3 millions de montres produites en moins notamment dans cette catégorie en moins d’un an (17.548.473 de janvier à septembre 2018 et 15.184.061 pour cette année). Et ceci pour un chiffre d’affaires en hausse. Le mouvement est clair: il ne reste plus qu’une catégorie porteuse d’avenir: les montres à plus de 3000 francs!

Les montres suisses bon marché ont vécu. Ce n’est plus une spécialité suisse. La montre connectée et la montre «fashion» fabriqué à l’étranger ont pris le relais. Ce n’est globalement plus l’affaire des suisses. Les Américains d’Apple et de Fossil ou les Japonais de Seiko ou Citizen ont pris le relais Le bastion suisse de l’entrée de gamme avec la Swatch c’est de l’histoire ancienne. Et du coup, nous ne sommes plus les seuls sur la sphère des «marqueurs» du temps. La Suisse ne dicte plus le tempo!

Il faut désormais concentrer nos efforts sur le luxe. On revient aux sources. Jean Calvin devrait à nouveau nous inspirer. Il n’y a qu’un luxe horloger qui englobe joaillerie et horlogerie dans un même mouvement. Cela donne raison à Richemont et pose question à Swatch.

Il faut donc penser l’horlogerie en maître de son destin et non chercher à sauver ce qui est déjà perdu.

L’horlogerie suisse est désormais liée à Genève et plus du tout à Bâle. Son salon se meurt, celui de Genève vibre avec ceux de Miami et Hong Kong. Les jeux sont faits.

Il faut aller hors des frontières tout en donnant les impulsions créatives depuis chez nous. Ce qui compte désormais dans ce monde de communication c’est la capacité d’influence, pas les réseaux. Le contenu d’abord, les réseaux ensuite. Il faut être celui qui dicte les choses pas celui qui les véhicules ou plus grave encore: les subit.

Le marketing a changé sur la forme et le fond. Internet est le média de référence pour cette nouvelle réalité. Véhiculant des contenus, internet porte aussi la diffusion de ceux-ci. On y achète sa montre comme on y vit ses émotions. C’est différent de l’ancien monde. Mais c’est fort quand même. Regardez dans le bus tous ces gens: qu’est-ce qu’ils font toute la journée? Il pianotent sur des smartphones.

* Manufacture Thinking





 
 
 

AGEFI

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