Parade contre le risque, la vision holistique de l’investissement durable

jeudi, 29.11.2018

Joerg Allenspach*

Joerg Allenspach

Comme les bourses sont venues nous le rappeler en octobre, les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Or, en phases de marchés plus chaotiques, l’investissement socialement responsable (ISR) peut s’avérer particulièrement pertinent et ce, pour plusieurs raisons.

En premier lieu, l’analyse sur les facteurs environnementaux, sociaux et gouvernance (ESG) permet de creuser bien au-delà de la surface des milliers de données purement financières qui apparaissent quotidiennement sur nos écrans. Par définition, la gestion ISR est plus holistique et elle inclut des facteurs difficile à cerner, comme le risque réputationnel ou des événements à un horizon plus lointain comme celui des actifs épaves (stranded assets ) dans les industries extractives par exemple.

En second lieu, investir dans une optique socialement responsable repose nécessairement sur la prise en compte des développements à long terme et, corollairement, aux côtés des gagnants de demain, de ceux qui sont le moins exposés aux risques, des meilleurs en termes de gouvernance et de transparence. Tous ces atouts sont certes intéressants en phase haussière de marché mais ils tendent à devenir cruciaux durant les périodes plus difficiles, lorsque la défiance des investisseurs est à son comble.

En troisième lieu, l’ISR est porté aujourd’hui par deux segments d’acteurs dont l’influence est en forte progression. Il s’agit des femmes d’une part et des représentants de la génération du millénaire d’autre part. Leur montée en puissance aura nécessairement un impact important sur l’approche de l’investissement en général, un facteur qui est d’ores et déjà clairement pris en compte par le «S» et le «G» de l’analyse ESG.

Enfin last, but not least, le durcissement de la réglementation, en particulier au sein de l’Union européenne, exige des grands investisseurs, tels que les caisses de pension, qu’elles intègrent les facteurs ESG à la gestion des risques de leurs portefeuilles. La sensibilité particulière de l’approche ISR à toutes ces tendances longues ne peut que renforcer sa robustesse.

Si l’approche ISR  peut s’avérer très efficiente sur le plan des risques, elle reste relativement complexe. Elle va bien au-delà de la simple exclusion de quelques titres ou secteurs qui ne seraient ni propres ni éthiques. Cette approche exige, au contraire, de longues recherches ainsi que des ressources importantes.

Pour illustrer ce propos, prenons l’exemple concret de l’industrie minière qui est l’une des plus polluantes. Une vision naïve de l’investissement ISR pourrait consister à exclure purement et simplement ce secteur. C’est ignorer que certains métaux, résultant du travail d’extraction de cette industrie, jouent un rôle essentiel dans la construction des véhicules électriques. Ils sont donc absolument nécessaires pour atteindre l’objectif de réduction des émissions de carbone. On ne doit donc pas se contenter d’exclure. Il s’agit plutôt d’arbitrer pour identifier les acteurs les plus durables dans un contexte à contraintes multiples.

Chaque titre, chaque secteur, chaque décision d’investissement doit être replacé dans un cadre beaucoup plus général et avec un horizon qui dépasse largement le trimestre. Et c’est grâce à cette vision à 360 degrés que l’approche ISR peut s’avérer particulièrement robuste lorsque la route se fait piste vers l’incertitude.

* Directeur, Candriam Suisse





 
 
 

AGEFI

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