Mouvements sociaux en France: l’écologie sera sociale ou ne sera pas

mardi, 04.12.2018

René Longet*

La biodiversité qui nous fait vivre s’érode. Le plus inquiétant n’est pas le triste sort des grands mammifères tels les ours blancs privés de banquise, mais la raréfaction des insectes, une des bases du vivant. De même pour le climat, il n’y a plus que des idéologues du suicide collectif, malheureusement au pouvoir dans certains pays, pour en nier l’existence et prôner la politique de la terre brûlée.

Face à la nécessité de changer de trajectoire, Nicolas Hulot a excellemment résumé la situation: concilier les fins de mois de la Planète avec ceux de la population. Les récents mouvements sociaux en France nous rappellent combien la montée des inégalités – résultat d’une politique de dérégulation au moment même où le moteur de l’ascension sociale et de l’emploi se bloquait avec la fin des «30 Glorieuses» – a divisé nos sociétés. 

Les conséquences de l’incapacité d’empathie

Le rejet des élites, le repli sur soi ne sont que les conséquences de l’incapacité d’empathie et de créativité sociale de ces mêmes élites. Qui s’est soucié du sort de vastes territoires réduits au rôle de friches industrielles ou agricoles, de l’abandon de catégories entières? 

La terrible expression des «sans dents» résonne encore dans nos oreilles, lourde de mépris pour ces nombreuses personnes qui ne peuvent plus se payer des soins dentaires. On ne saurait s’étonner de la montée du populisme, de la défiance, des théories du complot – dont le drame est de mettre au pouvoir des dirigeants qui ne font qu’aggraver les situations.

Comment garantir l’équité sociale

La question est cruciale et décidera du sort du vivre ensemble sur cette Planète: comment garantir l’équité sociale et l’égalité des chances face à la réduction nécessaire de l’empreinte écologique? Comment organiser cette réduction et la compenser socialement, au lieu de la subir brutalement? De nouveaux modèles économiques, un nouveau contrat social s’imposent.

La taxe sur l’essence, indispensable pour intégrer dans les prix les coûts du changement climatique, illustre très bien cela. Elle vise à financer la transition mais aussi à inciter au changement de comportement. Mais lorsque les déplacements sont obligés parce que le travail se trouve à 50 km du domicile et que les dessertes ferroviaires locales ont fermé depuis des lustres, comment le vivre autrement que comme une inégalité de plus?

Un effort asymétrique et non crédible

Si au moins il y avait des voitures vraiment économes, le consommateur aurait le choix. Mais il est décidément plus facile de taxer ce dernier que d’imposer des normes d’efficience écologique au lobby automobile. Tant que les décideurs politiques n’en seront pas capables, l’effort demandé aux populations sera vécu comme asymétrique et non crédible.

*Expert en développement durable





 
 
 

AGEFI

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