Lutter contre la solitude au travail pour accroitre les performances

dimanche, 27.01.2019

Christophe Clavé *

Christophe Clavé

Dans les colonnes de l’Agefi du 14 janvier dernier je décrivais les deux principes créateurs d’intelligence collective. Une question qui m’a souvent été posée via LinkedIn où je relaye mes articles, est de savoir comment il est possible de créer en entreprise une culture propice à l’intelligence collective. Des éléments de réponse figurent dans un article publié par Vivek Murthy dans la Harvard Business Review, éléments que je croise ici avec mon expérience.

Pour qu’un groupe atteigne un niveau d’intelligence collective supérieure à la plus haute intelligence individuelle présente, il faut déployer deux capacités qui sont la sensibilité sociale (entendre les émotions des autres et les prendre en compte), et la capacité à laisser chaque membre du groupe s’exprimer à parité de temps avec les autres (que chaque opinion soit exprimée et entendue).

Les entreprises qui y parviennent ont souvent travaillé à nouer des liens au travail. Les études confirment un fort développement du sentiment de solitude, y compris au travail. De plus en plus de salariés, même entourés de collègues, se sentent isolés et seuls. Demandez-vous: que sais-je de la vie de mon voisin de bureau? De ses passions? De ses joies? De ses peines? De ses craintes?

La question a été étudiée et les recherches ont montré que l’efficacité au travail, la productivité, la créativité, l’énergie déployée sont directement corrélées au degré ressenti de solitude. A l’inverse, le sentiment de solitude génère du stress, dont les effets négatifs sont démontrés sur les processus de prises de décision, de planification, de régulation des émotions, d’analyse et d’abstraction. On définit alors la solitude comme le sentiment subjectif de manquer de liens sociaux. Bref pour l’entreprise, combattre le sentiment de solitude est un levier d’amélioration des performances.

Dans les années 80 et 90 il était fréquent dans les entreprises d’organiser des évènements de «team building». On partait «au vert», on pratiquait ensemble des activités censées développer l’esprit d’équipe. Il me semble que ces pratiques sont passées de mode. En revanche se sont développées des approches plus en phase avec le temps, et plus centrée sur l’objectif de nouer des liens au travail.

L’une d’entre elle consiste pour un collectif de travail, à partager à tour de rôle, durant 5 minutes, un aspect de sa vie privée, en montrant à ses collègues une ou plusieurs photos. On présente un enfant lors de sa cérémonie de remise de diplôme, faisant de la plongée, que sais-je? Chacun choisit un pan de sa vie extra-professionnelle qu’il illustre, en discutant avec ses collègues, pendant 5 minutes, de façon régulière. Afin de faire évoluer la culture au travail, l’entreprise peut pousser ses collaborateurs à développer des relations de qualité, celles qui génèrent des émotions positives, celles-là mêmes qui augmentent performance et résilience.

L’entreprise peut favoriser les échanges entre ses collaborateurs, l’assistance, l’entraide. Ces attitudes briseront petit à petit les solitudes pour faire émerger le sentiment d’appartenance à un collectif. Offrir et recevoir de l’aide librement est une des façons les plus tangibles de se sentir connecté aux autres. Il appartient aux dirigeants mais également à chacun de rompre cet enfermement dans la solitude. En le brisant s’ouvre le champ du collectif, et de son intelligence.

* Président EGMA





 
 
 

AGEFI

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