L’informatisation sous le feu de la critique

jeudi, 11.04.2019

René Longet*

René Longet

A travers plusieurs de ses aspects jusqu’à présent peu discutés, l’informatisation se trouve désormais sous le feu de la critique. Ainsi, la controverse sur la 5G est lancée et les grands du secteur sont sérieusement questionnés quant à leurs pratiques face aux énormes masses de données collectées sur les usagers du net, ou aux contenus que ce dernier permet de véhiculer.

Il semble bien que l’agressivité croissante dans notre société, le complotisme, l’individualisme exacerbé ait à voir avec la facilité extrême de poster le meilleur et le pire, généralement sous couvert d’anonymat. Une récente étude soulignait que près de la moitié des Américains adultes ont comme principale source d’information Facebook. Comme garantie d’objectivité, on peut faire mieux!

Côté emploi, la part croissante des achats effectués sur internet menace directement les modes de vente traditionnels, et la «4e révolution industrielle» dite de l’internet des objets suscite aussi beaucoup d’inquiétudes. Si toute mutation technologique fait disparaître des emplois et en crée d’autres, ici le bilan risque d’être fortement négatif: une synthèse publiée en novembre 2016 par l’European Parliamentary Technology Assessment indique pour les seuls Etats-Unis une fourchette de - 9 à - 47% de pertes nettes, la valeur la plus basse signifiant déjà plus qu’un doublement du taux actuel de chômage.Enfin, au niveau des enjeux énergétiques et climatiques, l’informatique est un facteur important avec plus de 10% de la consommation d’électricité mondiale. Ses émissions de gaz à effet de serre, dues à égalité à la production des équipements et à leur exploitation, sont aujourd’hui deux fois plus importantes que celles de l’aviation civile: chaque recherche sur Internet vaut son pesant de CO2... Et elles sont appelées à doubler d’ici 2025, passant de 4% à 8% du total global! 

Même si l’on travaille à une informatique «verte» et à récupérer la chaleur des serveurs (qui consomment en Suisse autant que la moitié du trafic ferroviaire), on est loin du compte. Construire et déconstruire les outils informatiques est polluant et fait appel à de nombreuses substances rares; malgré le recyclage qui se met en place, il reste bien à faire. 

Et plus notre société dépend de l’informatique pour ses fonctionnements, plus elle a besoin d’une fourniture d’électricité garantie sans perturbations… Décidément l’informatique n’a rien de virtuel et ses effets sont bien réels. La leçon de tout cela? Une démocratie de l’ère scientifique devrait pouvoir anticiper les effets d’une nouvelle technologie et les accompagner de modes d’emploi culturels, sociaux et environnementaux.

" Expert en développement durable





 
 
 

AGEFI

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