L’impact du défilé des jeunes à Lausanne

dimanche, 03.02.2019

Jacques Neirynck*

Le défilé des jeunes à Lausanne et l’arrivée d’une petite Suédoise à Davos ont un petit peu ébranlé l’inertie des plus augustes assemblées. Les notables ont souri, serré des mains, tapoté des joues, longuement débattu, mais n’ont rien décidé. Les jeunes, eux, vivront encore en 2050, lorsque les notables auront disparu. Ils ont légitimement peur de ce qui les attend, parce qu’il leur faudra continuer à vivre dans des circonstances difficiles.

On se fixe un objectif ambitieux de ne plus produire de CO2 à cette date, mais comment? Les jeunes méditent deux faits que leurs ainés semblent ignorer, deux mesures que nul ne peut réfuter:

1. La teneur en CO2 dans l’atmosphère a augmenté continuellement depuis le milieu du XIXe siècle: de 75 parties par million à 400. 

2. La température moyenne à la surface du globe a été de 14,38 degrés en 2011, soit 0,51 degré au-dessus de la température moyenne au milieu du XXe siècle. Neuf des dix années les plus chaudes dans les annales météorologiques se sont produites depuis 2000. 

Il est donc vraiment vrai que nous avons changé un des paramètres essentiels de la planète, sa capacité d’absorber l’énergie solaire. Nous l’avons fait à force de brûler du pétrole ou du charbon, qui sont eux-mêmes de l’énergie solaire emmagasinée durant des millions d’années, respectivement du plancton et des végétaux fossilisés. Ces êtres vivants se nourrissaient de CO2 et rejetaient de l’oxygène. C’est pour cela que notre atmosphère est devenue respirable. Or, nous avons enclenché le mécanisme inverse, nous retournons vers une planète avec plus de CO2. Nous avons mis en place un système industriel, qui dépasse les capacités de recyclage de la planète. 

Par la fonte des glaciers et la dilatation de l’eau, le niveau des océans va-t-il monter de deux centimètres, de deux ou de vingt mètres? Personne n’en sait rien. Et comme personne ne sait ce qui va arriver, on fait comme si rien n’arrivera jamais, quoi que nous fassions. Auparavant, l’homme pouvait penser que, pour chaque nouvelle génération, la nature était telle que la génération précédente l’avait trouvée. Aujourd’hui, nous faisons mine d’ignorer que notre technologie peut avoir des effets irréversibles. 

C’est pour cela que nous gaspillons beaucoup d’énergie, pour passer un week-end à Barcelone, pour acheter un appareil numérique sophistiqué ou pour importer du marbre depuis la Chine. Les sociétés sont mortelles, mais les hommes ne veulent pas le savoir. Car, la seule pensée que puisse disparaître toute la civilisation, dont l’être humain fit partie et qui le prolonge, est encore plus insupportable que la contemplation de son propre effacement. Les sociétés meurent prématurément, parce qu’elles ne veulent pas savoir qu’elles sont mortelles. De ce fait, elles ne prennent pas les mesures évidentes qui pourraient les sauver.

*Professeur honoraire EPFL





 
 
 

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