L’impact des normes culturelles sur la capacité d’apprentissage

dimanche, 01.12.2019

Christophe Clavé *

Christophe Clavé

Une étude passionnante a été publiée en 2012 dans le Journal of Experimental Social Psychology par des chercheurs (Stephens, Townsend, Markus, Phillips) provenant de prestigieuses universités américaines. Ces recherches portaient sur les inégalités de réussite entre deux catégories d’étudiants : les étudiants dont les parents n’avaient pas fait d’études supérieures (« étudiants de première génération ») et les autres.

Environ 15% des étudiants dans les universités américaines sont issus de familles n’ayant pas obtenu de diplôme universitaire. Ils se sentent moins légitimes, et se posent plus que les autres la question de leurs capacités à réussir. Les sources de ces doutes proviennent à la fois de leur fragilité économique et de leur manque de références académiques (culture générale, pratique de la lecture, réseau familial…).

L’étude identifie deux grands types de cultures qui ont une influence forte sur le succès des étudiants. Une de ces cultures est centrée sur la réussite individuelle et l’autre sur l’appartenance à une communauté et sur la collaboration.

Les étudiants dont les parents sont diplômés de l’enseignement supérieur ont souvent été éduqués, même avant leur entrée à l’université, dans des établissements promouvant la réussite individuelle et l’affirmation de soi. Les étudiants de première génération quant à eux ont souvent vécu dans des environnements familiaux et éducatifs proposant moins de moyens, moins de ressources, et de facto poussant les élèves à plus de collaboration et plus d’entraide.

Les étudiants de première génération démarrent avec un capital de confiance en eux inférieur à celui des autres étudiants. Cela se manifeste dans de nombreuses situations à leur détriment. Ainsi confrontés à des consignes ouvertes ou imprécises, ils auront tendance à se mettre en difficulté, s’interroger sur ce qui est attendu d’eux. La peur de « mal faire » les paralyse. Ils sont à la recherche de modèles (que font les autres ?) dans le but de mieux accomplir ce qu’ils imaginent que l’on attend d’eux.

Cette insécurité se traduit par la production de cortisol, l’hormone du stress, qui induit des perceptions négatives comme la peur d’être jugé, la nécessité de produire un effort mental supérieur pour affronter une situation donnée, et un niveau général de stress élevé. Ce biais culturel (« cultural mismatch ») produit un état psychologique qui est induit par des fonctions biologiques et se trouve moins ouvert à l’apprentissage.

Le résultat de ces recherches constitue donc une forte incitation à transformer les cultures de travail, que ce soit dans les universités, les écoles et les entreprises. Faire évoluer les cultures centrées sur les individus et la performance individuelle au profit de cultures de la collaboration, de la coopération et de l’interdépendance ne présente que des avantages. Cela permet aux personnes issues des milieux les moins favorisés de mieux s’intégrer, sans pour autant rien enlever aux autres. Il n’y a ici aucun conflit, aucune concurrence.

Il ne s’agit pas de favoriser les uns au détriment des autres. Tout le monde y gagne. Ce changement sera également le support d’une formidable convergence d’intérêts dans la recherche de l’intelligence collective, qui précisément se nourrit de travail en groupes, de collaboration et d’attention à l’autre. Face aux avancées technologiques, à l’heure du big data et des algorithmes, l’enjeu est de créer des atmosphères et des cultures sécurisantes propres à permettre au plus grand nombre de s’épanouir.

* Professeur de stratégie & management INSEEC SBE

Professeur de stratégie & management





 
 
 

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