Lever des fonds grâce à la blockchain, entre risques et opportunités

mercredi, 15.08.2018

Luca Brunoni*

Luca Brunoni

Trente-deux millions de dollars levés en quelques semaines. Mais aussi trois arrestations, une procédure pénale, une enquête ouverte par la SEC (la Finma américaine) et une affaire civile. Ce bilan de l’ICO lancée par Centra Tech - une société américaine qui promettait aux investisseurs des cartes de crédit exclusives permettant de dépenser des bitcoin et d’autres crypto-monnaies - est-il emblématique?

Une ICO (Initial Coin Offering)   est une forme de crowdfunding qui utilise la technologie blockchain. L’effet de nouveauté et le buzz lié aux crypto-monnaies, ainsi que l’absence initiale de réglementation sur le sujet, ont conduit plusieurs entreprises qui cherchaient des fonds (surtout des start-up) à tenter leur chance. Fraudeurs et criminels en ont également profité. Entre ces deux situations, on trouve des myriades d’initiatives visant à financer des projets à peine esquissés et des idées peu réalisables.

Il existe de nombreux types d’ICO, mais la plupart d’entre eux impliquent un apport en crypto-monnaies en échange de jetons «tokens» virtuels, qui permettront par la suite de recevoir ou d’utiliser les services offerts par l’entreprise à l’origine de l’initiative. Cette transaction est gérée par un smart contract, un mini-programme informatique qui s’exécute automatiquement et est situé sur la plateforme Ethereum.

Les fonds collectés se montent à 6,3 milliards de dollars rien que pour les 3 premiers mois de 2018. En Suisse aussi, des entreprises ont atteint des objectifs importants: la zurichoise Modum, par exemple, a récolté 13 millions de francs lors de l’ICO lancée en 2017.
Cependant, pour chaque projet sérieux et profitable, on compte des centaines de personnes ayant perdu leur argent dans des ICO douteuses ou à caractère frauduleux. Afin de mieux protéger les investisseurs, les autorités de surveillance de plusieurs pays ont publié des lignes directrices dont le contenu peut être résumé de la manière suivante: DYOR, ou do your own research.

Un contenu reflétant la réalité

Parallèlement, de nouvelles réglementations ont été mises en place dans le but de fixer des limites pour les promoteurs d’ICO, les obligeant à se conformer à des règles strictes notamment si l’investissement proposé est spéculatif. La proposition d’investissement doit ainsi être effectuée de la bonne manière et sous la bonne forme, avec un contenu reflétant la réalité.

Les ICO représentent une opportunité importante pour les entreprises sérieuses à la recherche de nouveaux financements ou souhaitant compléter une stratégie de levée de fonds par une source alternative. Cependant, la période de la ruée vers l’or et de l’absence de réglementation est révolue, et il faut prêter attention aux lois en vigueur non seulement dans le pays où l’entreprise est située, mais aussi dans ceux où des jetons seront offerts.

Dans un projet de recherche mené de concert avec la HE-Arc Ingénierie et cofinancé par le fonds d’impulsion de la HE-Arc, l’Institut de lutte contre la criminalité économique (ilce.ch) étudie ces évolutions législatives, ainsi que le contexte juridique lié à la blockchain en général.

* Adjoint scientifique, ILCE, HEG Arc, HES-SO





 
 
 

AGEFI

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