Les sciences humaines ignorées de la politique

jeudi, 29.10.2020

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Toutes les sciences ne sont pas égales aux yeux du politique. Lors de la répartition des crédits de la Confédération domine un non-dit : la technique rapporte ; la médecine coûte mais est indispensable ; les sciences humaines sont, à des degrés variables, plus ou moins inutiles.

Le plus frappant dans le fonctionnement du parlement est l’ignorance des principes fondamentaux de ce Droit que le législatif élabore sans cesse. En partant du texte préparé par un juriste d’un département, la commission compétente se livre à une mise en pièce de ce travail.

Tantôt on propose de supprimer un article, tantôt d’en rajouter. Les textes de lois sont encore malmenés au plenum du premier conseil et le même processus recommence dans le second conseil. Les divergences entre les deux conseils donnent lieu à des aller-retours qui se terminent par une conférence de conciliation. Si celle-ci échoue, la loi tombe dans une oubliette.

Il suffit de travailler dans la commission de traduction pour découvrir les incohérences résultant forcément de ce travail à la chaine par des amateurs. Certaines lois sont vidées de leur substance initiale, d’autres sont durcies jusqu’à devenir inapplicables.

Elaborer une loi est un travail de juriste, tout comme prescrire un médicament est celui d’un médecin. Mais le travail législatif ordinaire ignore cette contrainte. En somme une science humaine, comme le Droit, serait à la portée de n’importe qui exerçant son bon sens. Ce qui serait vrai pour le Droit le serait tout autant pour l’Economie.

On ne demande pas à un ministre des finances, fédéral ou cantonal, de témoigner de sa science. C’est sous entendre qu’au fond celle-ci n’existe pas. Ne parlons même pas de la sociologie, de l’ethnologie ou de la philosophie qui auraient peut-être quelque chose de rationnel à apporter dans des débats qui portent sur ces questions.

Il est une autre façon de concevoir la gestion de la cité. Elle consiste à comprendre, à admettre et à pratiquer le lien qui va du spirituel au culturel, de celui-ci à la politique, de celle-ci à l’économie, de celle-ci à la technique et à la science. Le terreau de la politique, ce sont les sciences de l’homme par définition. Mais si celles-ci sont réputées molles, aléatoires, critiquables, faibles, sans résultats et sans rigueur, alors on peut effectivement feindre de les ignorer et se fier aux idéologies, aux croyances, aux opinions.

* Professeur honoraire EPFL





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki




...