Les robots se multiplient: faut-il les craindre?

jeudi, 13.12.2018

Burkhard Varnholt*

Burkhard Varnholt

On entend souvent dire que la «révolution numérique» actuelle est à l’origine de bouleversements similaires à ceux de la révolution industrielle, d’où l’expression «Industrie 4.0». Nous faisons à nouveau face à une évolution qui va réellement remodeler le monde, même si l’expérience nous montre qu’il faut souvent attendre longtemps et dépenser plus que prévu avant de pouvoir récolter les fruits du progrès technique.

Bientôt les voitures connectées via la 5G seront capables d’éviter les bouchons, même en l’absence de mobilité autonome. La Chine est précurseur. Près de 400 000 autobus électriques y circulent sur des routes souvent spécifiques qui permettent un trafic pratiquement exempt d’embouteillages grâce à des systèmes intelligents de guidage.

Mais la Suisse peut profiter de ce mouvement car le savoir-faire helvétique se cache sous la plupart des capots. L’«Internet des objets» permettra d’améliorer la circulation et de réduire les émissions de CO2 grâce à un réseautage intelligent. Et ce n’est que le commencement. Qu’y aura-t-il ensuite? Peut-être Lilium. Cet avion électrique futuriste, qui décolle et atterrit à la verticale, peut transporter quatre passagers sans dégager de CO2 et sans grandes exigences en matière d’infrastructures, à des tarifs comparables à ceux des taxis actuels.

Dans l’agriculture, les applications de technologies numériquement connectées progressent rapidement également en offrant des possibilités d’automatisation presque illimitées. Ainsi, les capteurs intelligents et les micropuces de la start-up suisse  Miromico permettent de diminuer la consommation d’eau jusqu’à 50%. Ces technologies sont enfouies dans le sol et reliées à un système d’arrosage automatique «made in Switzerland».

Le secteur de la santé place également de grands espoirs dans les nouvelles technologies.
Pour ma part, j’ai réussi à attirer à moi un robot physiothérapeute qui se guide par commande neuronale, c’est-à-dire par la pensée. Il peut aider des paraplégiques à solliciter leur cerveau pour bouger des parties paralysées de leur corps.

Désormais, les robots jouent un rôle grandissant dans les entreprises manufacturières. Leurs ventes ont doublé en cinq ans. On trouve aujourd’hui des appareils polyvalents et d’un emploi simple pour une somme très modique. Avec une pénétration de 12% dans l’industrie et de 4% dans les entreprises de services, l’Allemagne est le numéro deux termes de volumes de robots, derrière la Chine.

Certains s’inquiètent de cette évolution au regard de l’emploi. L’histoire a démontré que l’industrialisation n’a aucunement généré un chômage de masse. Au contraire. Elle a créé de nouveaux postes de travail et dégagé des revenus, une évolution qui a été bénéfique pour la santé de la population et qui a accéléré la croissance, dont toutes les couches de la société ont profité, même si ce n’était pas dans la même mesure.

La société de conseil Deloitte estime que la numérisation et l’automatisation de l’économie suisse sont susceptibles de créer quelque 270 000 emplois nets d’ici à 2025. Néanmoins, le nombre de postes devrait diminuer dans l’agriculture, les tâches de bureau et travaux auxiliaires répétitifs, ainsi que dans la manutention d’équipements et de machines. Les perspectives semblent bonnes en revanche pour les spécialistes en informatique, les techniciens et certaines professions académiques, surtout dans les domaines où une combinaison de connaissances techniques et sociales ou de compétences organisationnelles est nécessaire.

La littérature académique contient souvent l’allégation selon laquelle les technologies de l’information et de la communication n’auraient guère dégagé des gains de productivité mesurables ni amélioré les revenus. Cette affirmation m’étonne. Je suis persuadé que l’e-mail et Internet me permettent de travailler de manière plus productive qu’auparavant. C’est ce que confirme également un regard sur les marges bénéficiaires des entreprises et la hausse des revenus salariaux qui y est liée aux États-Unis depuis le milieu des années 1990. Comment ces marges moyennes auraient-elles pu progresser, ces revenus s’élever parallèlement (d’un peu plus de 3% cette année) et l’inflation des prix à la consommation rester inférieure à la moyenne (2% cette année) si ce n’était grâce à l’augmentation de la productivité?

* CIO, Credit Suisse (Suisse)





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...