Les perpétuelles séquelles du communisme

lundi, 01.04.2019

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Le mur de Berlin est tombé le 9 novembre 1989. Nous célébrons le trentième anniversaire de cet événement, qui mit fin à une dictature impopulaire s’arrogeant le titre de démocratie populaire. On pourrait espérer que les effets de cette erreur historique aient disparu. Il n’en est rien.

Dans les pays d’Europe de l’Est et dans les pays baltes, le salaire brut annuel moyen est encore inférieur à 15 600 €, excepté en Slovénie (22 900 €), alors qu’il est supérieur à 39 000 € dans les pays de l’Ouest et du Nord de l’UE. Cela va de la Roumanie à 3 059 € jusqu’à 41 562 € au Luxembourg, soit une variation de 1 à 13. Quoiqu’en Pologne, le revenu ait augmenté de 124%, il est toujours inférieur à celui du Portugal.

Or, la libre circulation des personnes est assurée dans l’UE. Donc la migration est programmée entre l’Est et l’Ouest, même vers la Suisse suite aux accords bilatéraux. Effectivement, entre 1990 et 2015, le solde migratoire a été de 19,2% de la population de la Suisse, championne de l’accueil des réfugiés économiques. Elle est suivie par l’Espagne à 18%, la Norvège 13.3% et l’Autriche 12,7%.

Dans ce vaste mouvement de population, comparable seulement aux invasions dites barbares du quatrième ou septième siècle, l’Europe de l’Est a perdu 10% de sa population, avec un maximum en Bosnie dont le quart des habitants ont fui. Dès lors les entreprises des pays de l’Est peinent à recruter la main d’œuvre, qui leur permettrait de sortir du sous-développement hérité du communisme. L’émigration n’est pas seulement quantitative mais aussi qualitative: les personnes qualifiées trouvent plus facilement des emplois dans le pays d’arrivée. Elles ne peuvent résister à de tels différentiels de salaires.

Et pourtant le communisme fut bâti à l’origine sur les idées altruistes de Marx, Engels et Lénine. Elles se sont révélées désastreuses, non seulement pour l’état de pauvreté, voire de famine, dans lequel les populations se sont retrouvées, mais aussi et surtout par la perte de l’esprit d’entreprise, par le sentiment de fatalisme, par la violation de la dignité humaine. La destruction morale produit des effets à long terme

Même l’Occident en pâtit. Non pas à cause de l’immigration d’Européens de l’Est motivés, mais par l’effet induit dans la conscience politique. Les réflexions de Marx sur le capitalisme n’étaient pas toutes fausses, comme certains désordres actuels semblent le prouver, mais elles ont été déconsidérées par l’expérience historique. Or nous ne parvenons pas à sortir d’un certain capitalisme mondialisé et gaspilleur, faute de solution de rechange. La mouvance sociale-démocrate n’offre pas une perspective de changement, tout juste un modeste aménagement de notre système. Staline a été au même titre qu’Hitler un destructeur du génie de l’Europe. Pour plus longtemps.

* Professeur honoraire EPFL





 
 
 

AGEFI

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