Les faibles rendements obligataires soutiennent les actions

mercredi, 08.05.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Ces dernières semaines, les cours des obligations ont augmenté et, en conséquence, leurs rendements ont baissé de manière significative. En Suisse, les rendements à échéance des emprunts de la Confédération à dix ans sont de nouveau nettement négatifs. Depuis le début de l’année, les actions ont aussi bien progressé et les ratios cours/bénéfices (RCB) se sont donc clairement redressés.

Le RCB du Swiss Performance Index (SPI), basé sur les bénéfices estimés des entreprises pour les douze prochains mois, atteint actuellement 17x environ, soit quelque 10% au-dessus de sa moyenne sur 25 ans (15,6x). 

Par rapport à d’autres marchés d’actions, le marché helvétique est plutôt un peu surévalué, les actions suisses ayant surperformé leurs pairs à l’étranger ces derniers mois. Néanmoins, le rendement sur dividendes est attractif. Avec plus de 3% pour l’exercice en cours, il est bien supérieur à sa moyenne de 2,4% depuis 2000.

Les obligations sont un concurrent important des actions en matière de placements de capitaux. La hausse des taux d’intérêt entraîne donc généralement une baisse du RCB des actions, et inversement. Et les taux d’intérêt américains sont au moins aussi déterminants que les taux suisses. 

Dans la mesure où une légère augmentation des taux d’intérêt à moyen terme est prévue, un accroissement supplémentaire des RCB semble de plus en plus improbable. Par ailleurs, l’essoufflement de la conjoncture bride l’augmentation des RCB. Aussi l’accroissement des bénéfices est-il essentiel pour permettre aux actions de s’apprécier.

Il existe encore des opportunités d’investissement intéressantes parmi les actions. Comme des risques géopolitiques substantiels perdurent, mieux vaut toutefois se concentrer sur des stratégies en actions défensives. En raison de la valorisation actuelle élevée du marché, la sélectivité est de plus en plus importante. En effet, les perspectives des différents secteurs d’activité divergent toujours davantage et les écarts de valorisation des actions sont supérieurs à la moyenne.

En raison de la croissance économique mondiale plus modérée, on peut tabler sur une croissance des bénéfices des entreprises helvétiques de l’ordre de 5 à 9%. Cette prévision repose sur les hypothèses suivantes: taux de croissance économique faibles mais positifs, pas de nouvelle appréciation du franc, activités de fusion modérées et normalisation des bénéfices dans le secteur financier. 

Les titres à dividendes suisses de qualité sont un thème d’investissement apprécié sur le marché des actions helvétiques. Les dividendes de qualité et en croissance restent intéressants au vu des faibles taux d’intérêt en francs suisse et de la hausse des bénéfices des entreprises. 

Après la correction de l’année dernière, la reprise du marché au premier trimestre fait resurgir des opportunités dans le segment des mid-caps suisses. Il s’agit principalement d’entreprises cycliques, dont les bénéfices sont certes très sensibles à la conjoncture, mais dont les cours intègrent déjà largement les risques liés aux bénéfices. 

Autre thème intéressant: les restructurations pour stimuler la croissance. Ce dernier regroupe les entreprises qui visent à stimuler leur expansion au moyen de restructurations en profondeur. Ou encore: le marché du luxe où on privilégiera les marques les plus fortes.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

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