Les élections américaines à l’épreuve du virus

mercredi, 01.04.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

L’incertitude qu’occasionne le virus Covid-19 se répercute  sur bien des  facettes de nos vies, y compris sur le déroulement de nos processus démocratiques. En France, le second tour des élections municipales a été repoussé au 21 juin, et aux Etats-Unis un grand nombre d’Etats ont maintenant fixé la date du 2 juin pour la tenue de leurs primaires (qui permettent de choisir le candidat pour l’élection présidentielle du 3 novembre). 

Le Parti démocrate a pour l’heure stipulé que les primaires devaient se dérouler d’ici le 9 juin 2020. Ce délai pose un problème pour l’Etat de New York (qui compte 274 délégués à lui seul) qui est lourdement touché par la pandémie et qui songe plutôt à la date du 23 juin pour la tenue de ses primaires. A moins que le parti démocrate ne parvienne à adapter les dates, l’Etat de New York pourrait se voir perdre des délégués dans le processus. Avec 12 Etats ayant opté pour le 2 juin, 822 délégués seraient alors attribués aux candidats, et il est probable que Joe Biden capture ce jour-là les 1’991 délégués nécessaires à sa nomination. Monsieur Biden a actuellement en sa faveur 1217 délégués, contre 914 pour Monsieur Sanders. Le président Trump a déjà le nombre de délégués nécessaires à sa nomination pour le compte du parti républicain. En ce qui concerne les élections du 3 novembre, seul Monsieur Biden s’est prononcé sur la question. Il souhaite que la date soit bien maintenue. 

Le premier ministre anglais, Boris Johnson, a été testé positif au Covid-19, et d’autres chefs d’Etat se sont imposés l’auto-isolement. La question qui fâche est donc celle qui porte sur les conséquences d’un décès potentiel de nos dirigeants. Les candidats à la présidence américaine sont âgés de 73 ans pour le président sortant, 77 ans pour Monsieur Biden, et 78 ans pour Monsieur Sanders. Aucun candidat à la présidence américaine ne s’est jamais éteint au cours d’une campagne électorale. Le parti démocrate n’a pas émis de règles explicites sur comment gérer une telle éventualité, mais indique que le congrès national démocrate devra choisir un autre candidat. Le parti républicain désigne 168 membres qui à leur tour pourront soit choisir directement le candidat de remplacement, ou soit permettre aux délégués du congrès national républicain d’effectuer le choix. Ceci dit, dans cette hypothèse et dans l’ordre de succession, le vice-président Mike Pence serait la candidat naturel de son parti.

Monsieur Biden et Monsieur Sanders devancent tous les deux le président Trump dans les sondages nationaux. Cela serait peut-être moins le cas face à un candidat comme Pence, en fonction de ce qui pourrait être sa stratégie dans un tel scénario. Il suit actuellement fidèlement le président Trump, mais on peut se rappeler l’exemple de Calvin Coolidge pour échafauder d’autres scénarios. Le président Coolidge a succédé à Warren Harding suite à son décès. Le président Coolidge a par la suite lancé une enquête qui a débouché sur le scandale dit du Teapot Dome, et qui a eu pour conséquence de sanctionner le ministre de l’intérieur ainsi que le procureur général de l’époque. Coolidge a été salué pour ces actions et a été réélu en 1924. Potentiellement privés d’un adversaire polarisant tel que le président Trump, les démocrates, et notamment Monsieur Biden, pourraient perdre leur avantage compétitif.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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