Les données statistiques en Chine

mardi, 12.03.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Selon l’agence chinoise Xinhua, le quatrième recensement de l’économie a démarré en janvier 2019. L’effort est réalisé tous les 5 ans. Les 2 millions de personnes qui ont été engagées pour effectuer le recensement vont ainsi interroger 30 millions de sociétés et 60 millions d’autoentrepreneurs dans les secteurs de l’industrie et des services. Une campagne d’information a été lancée pour solliciter la participation de la population en insistant sur l’importance de produire des statistiques justes et fiables.

L’effort peut être comparé avec le recensement américain qui a lieu tous les 10 ans, le prochain se tiendra en 2020. Le «Government Accountability Office» aux Etats-Unis, l’organe qui veille sur la gestion par l’administration de ces projets, a mis le recensement 2020 sur sa liste de projets à risque d’exécution élevé depuis 2017. En 2017, rappelons-nous que le chef du bureau de recensement avait démissionné en citant, entre autres, le risque de défaut de financement et l’annulation des tests de fonctionnement. Il avait été remplacé en janvier 2019 seulement.

On comprend alors que la production de données statistiques fiables est l’affaire de tous, et en Chine, avec une population de près de 1,4 milliard de personnes, même si l’on alloue des ressources importantes (2 millions de personnes pour réaliser le recensement), il demeure difficile de toucher tout l’ensemble de la population.

Les statistiques des comptes nationaux qui comprennent le produit intérieur brut (PIB) sont affectées par des problèmes similaires dans tous les pays. Les révisions de couverture et de méthodologie font partie du processus normal, mais il est parfois difficile de séparer ces efforts d’amélioration des modifications «manipulées» par intérêt politique. L’Inde, par exemple, a retardé depuis des mois la publication d’un rapport qui montrerait une détérioration dans le taux de chômage, peut-être pour éviter que ces informations n’influencent les élections en avril et en mai.
 
On sait depuis longtemps que le PIB qui résulte de la somme des informations des autorités provinciales est plus élevé que le PIB publié par le bureau de statistique national. Une nouvelle étude (par Chang-Tai Hsieh de l’Université de Chicago et trois co-auteurs de l’Université chinoise de Hong Kong, mars 2019) analyse que les ajustements qu’effectuent le bureau de statistique national ne sont pas suffisants, et ce surtout depuis 2008. Les auteurs comparent notamment les recettes liées à la TVA avec les données officielles de la production industrielle; tandis que les deux séries se suivaient étroitement jusqu’en 2008, elles se sont écartées depuis. En revanche, l’étude ne constate pas de divergences similaires en ce qui concerne la consommation. Selon les auteurs, le PIB serait ainsi surestimé de 2 points de pourcentage par an en moyenne entre 2008 et 2016. L’investissement et la production industrielle seraient surestimés, le taux d’épargne également, mais la consommation serait sous-estimée. Le taux d’endettement sur PIB serait sous-estimé car le niveau du PIB serait réduit d’environ 1500 milliards de dollars en 2016 par rapport aux chiffres officiels.

Bien que cette étude suggère que la taille de l’économie chinoise serait moins importante, le fait que la consommation apparaisse sous-estimée signifie que les facteurs de contribution à la croissance de l’économie chinoise seraient plus équilibrés entre l’investissement, la production industrielle, et la consommation. A priori, ces éléments renforcent la résilience de l’économie dans le contexte actuel.

* Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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