Les bonnes intentions ne suffisent pas

jeudi, 15.10.2020

Christian Pauletto *

Christian Pauletto

Certes les ventes d’armes et l’arsenal mondial atteignent des records. Certes l’humanité souhaite un monde en paix. Certes l’initiative «pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre» procède d’intentions louables. Mais hélas, en politique les bonnes intentions ne suffisent pas.

Encore faut-il savoir les traduire en mesures convaincantes, efficaces et viables. L’idée des auteurs de l’initiative est simple. Trop simple alors que le sujet est complexe.

Le  problème est qu’elle ne correspond à aucun projet en cours au sein de la communauté internationale et de la Genève internationale en particulier. Les auteurs de l’initiative l’ont probablement remarqué et ont ajouté dans leur proposition un alinéa chargeant la Confédération de s’engager au plan international «en faveur de la mise en place de conditions analogues applicables aux banques et aux assurances».

La Suisse avec ses énormes biceps irait dire aux puissances de ce monde de reprendre cette interdiction. Par cette proposition les auteurs de l’initiative démontrent un manque de réalisme. Car si la communauté internationale, au premier chef l’ONU, débat déjà de nombreuses initiatives en vue d’une réduction des conflits et du désarmement, elle n’a à son ordre du jour aucun projet allant dans le sens de celui qui sera soumis au peuple le 29 novembre.

Que cela plaise ou pas, que cela soit moral ou pas, le droit international n’interdit pas l’usage de la force (ou la guerre), il y met simplement des règles. Il n’interdit pas aux forces armées de combattre.

Même les Conventions de Genève qui font la fierté de notre Cité sont claires: les dommages infligés aux populations civiles sont condamnés, mais un membre d’une force armée qui tue d’autres membres de forces armées ne commet rien de répréhensible.

Dès lors, et en laissant de côté le cas des armes prohibées (nucléaire, chimique etc.), comment peut-on au niveau du financement différentier entre armes de guerre qui seront utilisées à des fins légitimes et les autres? Lancer notre diplomatie dans une telle initiative équivaudrait à la condamner à l’échec. Elle a mieux à faire en se concentrant sur les objectifs et principes ancrés dans notre tradition humanitaire et notre politique de sécurité: l’application stricte du droit humanitaire existant, la prévention et la résolution des conflits, les bons-offices et la candidature comme membre non permanent du Conseil de Sécurité où la Suisse pourra promouvoir la paix et le respect des droits de l’homme.

Ces approches ne sont pas seulement plus réalistes: elles s’adaptent aussi plus facilement aux nouvelles formes de conflit. Dans la guerre 2.0 des attaques informatiques peuvent menacer la paix et la stabilité tout autant qu’une opération balistique. Le droit international est suffisamment souple pour s’adapter à ces nouvelles techniques, notamment en les assimilant à un usage de la force au sens de la Charte des Nations Unies. En matière de nouvelles technologies des chantiers sont déjà en cours, par exemple contre l’usage de robots tueurs y compris les drones. Il y a donc assez de causes hautement importantes et non moins difficiles à promouvoir pour ne pas devoir en ajouter de nouvelles.

* Membre du bureau PDC Genève





 
 
 

AGEFI

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