L’entrepreneur est un explorateur

mercredi, 03.07.2019

Céline Renaud*

Un mercredi soir à 20 heures, j’assiste à la projection d’un film suivie d’une conférence donnée par un ami d’école qui habite aujourd’hui à Paris. Il est devenu un aventurier au profit de la recherche scientifique. Ses derniers exploits étaient de passer quatre fois trente jours dans quatre lieux extrêmes, sans communication avec l’extérieur: dans un désert à 60 °C, en Patagonie avec un vent infernal, en Amazonie dans la forêt vierge où il pleut tout le temps et aussi en Sibérie à -60 °C avec uniquement deux semaines de récupération entre chacune des étapes. Son but était de démontrer et de prouver l’adaptabilité du cerveau humain à des conditions extrêmes et changeantes. Son témoignage relatait de beaucoup de points communs entre l’aventurier de l’extrême et l’entrepreneur.

Chacune de ses phrases me parle beaucoup comme par exemple qu’il s’était habitué à ne pas aller contre ce qu’il ne pouvait pas changer. Dans la forêt amazonienne, il pleuvait tout le temps. Aimer la pluie et faire avec était sa seule chance de vivre «assez bien» dans ces conditions extrêmes. Aller avec, aller dans le même sens plutôt que de vouloir se battre contre... est la solution. C’est comme pour nous entrepreneurs. Le réseau de distribution dans tous les secteurs est en pleine mutation et les achats par internet sont en nette progression. Nous ne pourrons pas changer cela, il faut s’y adapter. Plus spécifiquement dans mon métier de la musique, les supports digitaux ont remplacé les supports physiques. C’est ainsi. Alors j’écoute et je fais écouter joyeusement ma musique streamée depuis une plateforme de musique... en haute résolution!

Dans son désert à 60 °C, il savait qu’il ne devait pas boire plus deux gorgées d’eau le jour car cela ne servait à rien, tout s’évaporait immédiatement. Il ne pouvait donc boire que la nuit. Par moment, il faisait si chaud, qu’il ne pouvait plus réfléchir, juste attendre, être là... Au travers des images du film, je ressentais sa douleur et son désespoir, lui qui se trouvait seul et loin de plusieurs jours de marche du prochain coin habité. Dans les moments difficiles de la vie d’entrepreneur, j’avais au moins le moyen de me reposer et de m’appuyer sur les êtres qui me sont chers. Et dans ses voyages, il a ainsi prouvé que plusieurs dizaines de zones dans le cerveau se modifiaient et que l’humain s’adapte. Il relatait que parfois, il lui suffisait de voir une forme de nuage ou une feuille bouger légèrement et il lui semblait alors toucher à l’amour universel et ainsi trouver la force de repartir. Et sans amour, nous ne faisons pas grand-chose...

Si le public lui demande s’il faut être spécialement fort pour tenir ce genre d’aventures extrêmes, il répond que non, ce n’est pas la force qui fait la différence, mais la résistance à la douleur. Et c’est ce qu’il a entraîné durant toutes ces dernières années... Et c’est exactement cette même faculté qui définit l’entrepreneur. Il a une personnalité hors norme. L’entrepreneur comme l’aventurier, on le valorise beaucoup, on le déifie presque même. Le danger le guette à chaque instant. Notre cerveau s’est adapté à ces conditions extrêmes et dangereuses et une vigilance supérieure s’est développée. Et il suffit d’un sourire d’un client content pour repartir de plus belle!

*CEO et fondatrice JMC Lutherie





 
 
 

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