L’économie suisse est en pleine forme

mercredi, 19.09.2018

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Tous les voyants sont au vert pour l’économie suisse. Toutefois, du fait de la bonne croissance des dernières années, elle est en train d’atteindre plus tôt que prévu ses limites de capacité.

Les derniers chiffres de la croissance économique en Suisse ont été révisés largement à la hausse. Au 2e trimestre, le produit intérieur brut (PIB) du pays a augmenté de 0,7% par rapport au trimestre précédent et de 3,2% en glissement annuel.

La balance commerciale explique une bonne partie de cette hausse. Les exportations ont en effet augmenté de 1,8%, tandis que les importations ont diminué de 0,7%. Les dépenses d’équipement ont certes pesé sur les chiffres. Mais, elles avaient crû de 1,9% en début d’année. La consommation privée a augmenté de 0,3%, un peu moins que sa moyenne de long terme.

En outre, la Suisse accueille le siège de plusieurs importantes fédérations sportives (CIO,FIFA). Dans les années de grandes manifestations sportives - en l’occurrence la Coupe de monde de football - l’économie suisse bénéficie de rentrées supplémentaires. Au 2e trimestre, la valeur ajoutée créée par ces manifestations aurait contribué à hauteur de 0,2% à la croissance du PIB.

Cette dynamique vigoureuse se reflète non seulement dans le produit intérieur brut, mais aussi dans d’autres indicateurs conjoncturels. Ainsi, l’indice des directeurs d’achat de l’industrie révèle le bon moral de cette dernière. Par exemple, la production industrielle a crû de 8% en glissement annuel, tandis que l’emploi a augmenté de 2%, sa plus forte augmentation depuis 2012.

Trois sources d’inquiétude

 

Si la croissance a surpris positivement ces derniers trimestres, les perspectives de l’économie suisse se sont toutefois assombries, et ce pour trois raisons. Premièrement, le franc s’est nettement apprécié face à l’euro au 3e trimestre. Il devrait certes retomber d’ici douze mois, mais son appréciation pourrait peser sur les exportations ces prochains mois.

Deuxièmement, la conjoncture en Europe a évolué un peu plus faiblement qu’attendu. Troisièmement, les divers risques menaçant l’économie mondiale (pays émergents, conflits commerciaux, gouvernement italien) pourraient freiner les investissements des entreprises, et donc peser sur la croissance.

Pour l’ensemble de 2018, UBS a relevé son pronostic de croissance à 2,9%. Si les perspectives pour le 2e trimestre se sont assombries, les révisions à la hausse des derniers trimestres le justifient largement. En raison toutefois des perspectives moins bonnes, le pronostic pour 2019 est abaissé, à 1,6% au lieu de 1,9%.

Cela s’explique d’une part par le refroidissement de la conjoncture à l’étranger. D’autre part, l’économie suisse n’a plus autant de potentiel de rattrapage qu’on le croyait. Du fait de la bonne croissance des dernières années, l’économie suisse atteint plus tôt ses limites de capacité.

Retour de l’inflation

En août, pour la quatrième fois d’affilée, l’inflation dépassait 1%, soutenue par le renchérissement du pétrole alors que le franc plus faible a augmenté les prix des importations. Ces prochains trimestres, avec la reprise des sanctions américaines contre l’Iran, le baril du pétrole devrait dépasser la barre des 80 dollars.

En outre, l’exploitation accrue des capacités de l’économie intérieure devrait stimuler l’inflation sous-jacente. Ces deux effets devraient plus que compenser l’appréciation du franc: on peut dès lors tabler sur une inflation à 1% pour cette année et aussi pour 2019.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

AGEFI

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