L’économie chinoise a atteint un degré de maturité

mercredi, 17.06.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Une statistique qui traduit l’évolution du rôle de la Chine dans l’économie globale est celle relative au compte courant. Ce compte comptabilise les échanges courants entre un pays et le monde qui l’entoure en termes de biens et services, et de flux financiers. Depuis que la Chine a rejoint l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en 2001, son compte courant affichait un surplus croissant, atteignant un sommet en 2007 avec 10% du PIB (produit intérieur brut) du pays. Au premier trimestre 2020, ce ratio ne représentait plus que 0,6% du PIB, avec un plus bas de 0,2% en 2018. Cette évolution a des conséquences importantes pour l’économie mondiale.

D’abord, il faut souligner que cette diminution contribue à la stabilité du système financier mondial. Le compte courant reflète dans le sens le plus fondamental la différence entre l’épargne et la consommation d’un pays. Ainsi on peut résumer qu’un surplus traduit un excès d’épargne. Les pays qui se trouvent dans cette situation vont exporter cet épargne, ce qui est bénéfique pour les pays qui en profitent pour financer leur (sur) consommation. Cependant, quand les surplus (et les déficits correspondants dans d’autres pays) sont trop importants, le système financier mondial peut se trouver déstabilisé comme ce fut le cas lors de la crise de 2008. Le fait que le compte courant chinois ne soit plus excessivement excédentaire est donc une bonne nouvelle.

A plus long terme, ce phénomène posera d’autres problématiques. Du côté de la Chine, après un essor économique époustouflant, l’économie a atteint un degré de maturité. Le taux d’investissement a probablement connu son plus haut niveau, ainsi que le taux d’épargne. La Chine a réalisé un taux de pénétration élevé en ce qui concerne les exportations de biens et services qui pourrait bien plafonner au niveau actuel. Ces développements vont limiter les surplus futurs possibles. Pire encore, des déficits futurs ne sont pas exclus. Le tourisme sortant est un facteur de taille, littéralement, compte tenu du 1,4 milliard de touristes chinois potentiels. 

En outre, les importations de produits à la consommation sont vouées à croître car ces produits ne représentent que 13% des importations, loin derrière les semi-conducteurs, les produits pétroliers et autres matières premières. Plus il y a de la croissance économique en Chine, plus le compte courant risque d’afficher un déficit.

Pour le reste du monde, cette tendance appelle une diminution de l’épargne dans le monde, et ce à un moment où la dette atteint des niveaux absolument records. Les Etats-Unis, qui ont la dette souveraine la plus importante au monde, ainsi que le déficit du compte courant le plus élevé au monde (en dollars), n’auront plus accès à un puits de financement sans fond. Fort heureusement, d’autres régions peuvent prendre le relais, comme l’Europe qui occupe actuellement la première place en termes de surplus du compte courant, un statut autrefois attribué à la Chine.

Fort heureusement ces grandes transformations des économies s’articulent sur la durée. Un déficit du compte courant chinois pourrait prendre des années à se matérialiser, surtout si le pays arrive à développer ses propres capacités de production de semi-conducteurs. Néanmoins, la soutenabilité des niveaux de dette à la sortie  de la crise de Covid-19 sera forcément impactée par ces transformations fondamentales. Ces dernières  feront qu’à terme, la Chine ne sera plus l’acheteur en premier ressort de la dette d’autres pays.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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