Le spectre de la COVID-19 plane sur la présidentielle américaine

jeudi, 08.10.2020

Marie Owens Thomsen *

Marie Owens Thomsen

«J’ai été testé positif à la COVID-19». Le tweet présidentiel, vendredi dernier, a provoqué un séisme dans une campagne électorale pour le moins tumultueuse. Quatorze cas de Covid-19 ont été confirmés dans l’entourage professionnel du chef d’Etat.

À l’échelon inférieur, la situation n’est pas plus enviable. Fin septembre, le parlement américain dénombrait 110 personnes testées positives, dont un décès. Le 3 octobre, trois sénateurs républicains se sont mis en quarantaine, également positifs. Un représentant démocrate de la Chambre basse les a depuis rejoints. Au niveau des Etats, 91 personnes occupant des rôles législatifs ont été touchés par le virus, dont 12 depuis septembre. La pandémie ne perturbe pas seulement la seule campagne présidentielle, car les électeurs américains sont appelés le 3 novembre à élire, outre le ticket à la Maison-Blanche, un tiers des sénateurs, le renouvellement de la Chambre basse, soit 435 élus, ainsi que de très nombreux postes au niveau des Etats et des administrations locales.

Cette situation hors norme a fait ressurgir les procédures concernant un éventuel remplacement d’un candidat lors d’une campagne électorale dans sa dernière ligne droite. Dans l’histoire nord-américaine, aucun candidat à la présidence étatsunienne n’est mort ou ne s’est retiré avant l’élection ni son intronisation. Les archives recensent un seul candidat à la vice-présidence ayant trépassé durant la campagne et un autre qui s’est retiré de la course avant son terme.

Les procédures de remplacement d’un président ont été établies seulement après 1841, lorsque William Henry Harrison est décédé un mois après son intronisation. Le malheureux avait contracté lors de son discours inaugural passé sous la pluie, une pneumonie. Il a été remplacé par le vice-président John Tyler. Cette première historique a instauré le remplacement d’un président en exercice par son second, jusqu’aux prochaines élections.

Depuis, tous scénarios possibles et imaginables ont leur réponse. Le protocole prévoit le scénario d’un candidat à la présidence qui meurt ou se retire avant l’élection : son parti doit alors choisir un remplaçant. Au cas où le président élu venait à ne plus pouvoir assumer ses fonctions avant le vote du Collège électoral, fixé au 14 décembre pour cette élection, c’est également le parti du président devra choisir et présenter un nouveau candidat au Collège électoral. Lorsque le vice-président intronisé n’est plus en mesure d’assumer ses fonctions, c’est au Congrès d’élire son remplaçant.

Le 20e amendement a même permis d’établir en 1933 la marche à suivre si un président venait à se retirer après le vote du Collège électoral mais avant l’inauguration (20 janvier). Depuis, le président élu est remplacé par son vice-président qui a la charge d’assumer l’intérim jusqu’à ce que le Congrès identifie un remplaçant.

En 1912, James Sherman, Républicain et candidat à la vice-présidence, est mort avant l’élection. Son parti a fait appel au Comité national pour choisir le successeur après l’élection, laissant le nom de James Sherman sur les bulletins de vote. Les démocrates l’ont remporté et le Comité national républicain n’a pas eu à poursuivre ces procédures. En 1972, le candidat démocrate à la présidence, George McGovern, a perdu son candidat à la vice-présidence. Il a désigné son remplaçant, qui a été adoubé par le Comité national du parti. Au final, le duo républicain Richard Nixon et Spiro Agnew ont gagné la présidence.

Ainsi, tout changement au niveau des candidats jusqu’au 20 janvier 2021 reposera entre les mains du parti concerné et de son comité national. Un tel scénario plongerait ces élections dans une incertitude sans précédent.

* Global head of trends, Lombard Odier





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki




...