Le semestre de remise à niveau: pour une solution équitable

dimanche, 10.03.2019

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

A l’EPFL, les notes de fin du premier semestre ont un effet lourd. Dès la rentrée de septembre 2016, les étudiants de première année n’ayant pas 3.50 de moyenne sur toutes les branches du premier bloc à la fin du semestre d’automne sont redirigés vers le cours obligatoire de Mise à niveau (MAN). Ce cours se donne au semestre de printemps, et sa réussite est impérative pour pouvoir recommencer l’année propédeutique. Sinon l’étudiant est exclu.

Un étudiant a fait les frais de cette politique et a ainsi été exclu, en 2017, après son échec à la MAN. Il a contesté sa mise à la porte auprès de la Commission de recours interne des EPF, qui lui a donné raison. L’EPFL a recouru auprès du Tribunal administratif fédéral qui a annulé la décision de cette Commission. Ce cours est donc légal. Mais le problème est mal posé. Peu importe son statut juridique. Est-il utile?

Chaque année, ce sont plus de 700 personnes, toutes branches confondues, qui sont obligées de passer par ce semestre de remise à niveau. Sur les 2425 nouveaux étudiants entrant dans le cycle bachelor, cela fait près du tiers. La première année, le taux de réussite s’est établi à 51%.

Le problème provient des conditions d’admission pour les résidents suisses. Les candidats titulaires d’une maturité gymnasiale suisse sont admis à l’EPFL sans condition en première année du programme de Bachelor. Certaines maturités comportent une formation trop légère en mathématiques pour que l’étudiant puisse aborder la première année avec une chance de réussite. En revanche les conditions d’admission des étudiants étrangers à l’EPFL sont restrictives. Les candidats titulaires d’un certificat d’études secondaires supérieures d’un pays membre de l’UE ou de l’AELE ne sont admis en première année du Bachelor que si la moyenne générale obtenue est égale ou supérieure à 80% de la note maximale. Et donc les étudiants suisses sont dépassés par leurs collègues étrangers qui réussissent mieux.

Le but des EPF est de former des ingénieurs de haut niveau pour soutenir une industrie de pointe. Meilleurs ils sont mieux cela vaut. On ne peut pas en entraîner suffisamment en se limitant aux talents locaux. La Suisse romande n’a qu’un million et demi d’habitants. Les meilleures universités américaines peuvent recruter sur un marché de 300 millions d’habitants. La pratique actuelle de l’EPFL attire et sélectionne d’excellents étudiants étrangers, surtout français qui en constituent jusque 20%.

Une solution réaliste et équitable consisterait à imposer un examen d’entrée à tout le monde pour éviter que des jeunes suisses s’engagent dans des cycles qu’ils n’ont aucune chance de réussir. L’échec en première année universitaire est une façon cruelle d’effectuer le tri. Le privilège apparent accordé aux porteurs d’une maturité suisse est un cadeau empoisonné.

* Professeur honoraire l'EPFL





 
 
 

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