Le ralentissement plus sensible que prévu de l’économie suisse

mercredi, 10.06.2020

Daniel Kalt* et James Mazeau**

Daniel Kalt et James Mazeau

Au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) a reculé de 2,6% par rapport au dernier de 2019. Pris sur l’ensemble de l’année, le repli s’élève à 1,5%. 

Depuis la mi-mars, la consommation des ménages a fait un plongeon de 3,5% en raison de la fermeture des commerces. Celle du secteur public a eu une fonction de stabilisation, progressant de 0,7%. Les investissements dans la construction (-0,4%) et d’équipement (-4%) ont souffert du confinement. Les exportations sont demeurées plutôt stables, grâce à la bonne tenue des exportations du secteur pharmaceutique, tandis que le recul des importations est aussi imputable à la baisse de la consommation privée.

Les prémices d’un ralentissement

Le tassement conjoncturel observé en mars reflète aussi les autres indicateurs de l’économie suisse. Certes, l’industrie a profité d’un niveau relativement stable des exportations au premier trimestre. La production des produits à courte durée de vie et de l’énergie est demeurée solide durant cette même période. La baisse de la production des biens d’équipement et de la fabrication de biens intermédiaires est toutefois un signe avant-coureur d’un tassement conjoncturel. 

S’agissant de l’emploi, la crise due au coronavirus est, à ce jour, difficile à évaluer. En comparaison annuelle, l’emploi a progressé de 0,3% au premier trimestre. Néanmoins, le net ralentissement observé par rapport au dernier trimestre 2019 laisse entrevoir une forte diminution de l’emploi au deuxième trimestre.

Les exportations mises à mal

L’activité économique devrait se redresser avec le déconfinement de mai. Au niveau des exportations, les chiffres sont assez contrastés en avril. Si, en comparaison annuelle, les exportations de l’industrie pharmaceutique se sont bien comportées, elles ont lourdement chuté dans les autres grands secteurs. Ainsi, le deuxième trimestre sera nettement plus mauvais que le premier pour le négoce tourné vers l’extérieur. 

Contrairement à ce dernier, le commerce de détail a été frappé de plein fouet, dès avril, par les mesures de confinement. Le chiffre d’affaires corrigé des variations saisonnières du commerce de détail a perdu 15% par rapport au mois précédent, voire 30% si l’on exclut les produits alimentaires. La consommation devrait donc encore fortement baisser au deuxième trimestre.

Pour quand le retour à la normalité?

La Suisse et de nombreux pays européens procèdent à la levée des mesures de confinement. D’ici la fin juin, les conditions d’une reprise devraient être réunies. Toutefois, nul ne peut dire actuellement quand la consommation des ménages renouera avec la normalité. 

Dans un scénario optimiste, axé sur l’introduction rapide d’un vaccin, cela pourrait être le cas dès le troisième trimestre, ce qui suppose une reprise forte et rapide (en forme de V). Dans un scénario plus prudent (en forme de U), soit le scénario de référence de la Recherche d’UBS, la confiance des consommateurs ne reviendrait qu’au second semestre. La reprise commencerait dès le troisième trimestre, mais ne s’accélérerait véritablement qu’en fin d’année. 

Au premier trimestre, le plongeon de l’économie a été plus marqué que prévu. Cela signifie que la contraction du deuxième trimestre pourrait aussi être plus sensible qu’escompté. De ce fait, la Recherche d’UBS a revu la croissance du PIB de -4,6% à -5,5% pour 2020. Grâce à une politique budgétaire particulièrement efficace et à un déconfinement rapide, l’économie suisse devrait toutefois parvenir à se redresser.

* Chef économiste Suisse
** Economiste, Chief Investment Office
UBS Global Wealth Management





 
 
 

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