Le pouvoir de dire non

dimanche, 22.03.2020

Eloïse Basille*

Le pouvoir de dire «non» est une force très importante dans la construction d’une personne. Un tout jeune enfant teste son impact sur le monde qui l’entoure en disant «non», et s’il n’est pas écouté l’enfant en tirera la conclusion qu’il n’a aucune puissance d’action.
Malheureusement un adulte qui ne peut dire «non» dans une situation, quel que soit le contexte, en vivra la même conclusion. Et pourquoi est-ce parfois si difficile de dire «non»? Est-ce par peur de déplaire, pour éviter de justifier un «non», par peur des représailles? Est-ce une question de personnalité, d’éducation, de culture?
Le «non» peut être vécu par la personne qui le reçoit comme un rejet de son idée, de son envie, voire de sa personne. Et le «non» peut être vécu par celui qui le dit comme le risque de blesser, de déplaire, voire de l’égoïsme. En tous les cas, on peut très difficilement dire «non» lorsqu’on est dans un rapport de force trop inégal, que celui-ci soit hiérarchique, émotionnel, ou social.
De ce fait, ne pas pouvoir dire «non» est le signal qu’il y a un rapport de force dans la relation, ce qui n’était pas forcément visible. Cela peut avoir des conséquences terribles ou minimes, selon la situation. Et dans à chaque fois, chacun des intervenants en perd de son humanité.
Pourtant, savoir et pouvoir dire «non» apporte une très grande force à chacun et à la relation. Pour celui qui le dit, cela permet d’écouter ses propres besoins, ses envies (ou non envies), ses limites. Et ensuite de les poser, les respecter, les affirmer. Cela lui permet de prendre sa place dans la relation, et de poser des limites. Ce qui, en retour, encourage l’autre à prendre la sienne, sans avoir peur de déborder sur l’espace de son interlocuteur.
Alors comment dire un «non» qui construit la relation, plutôt que de lui nuire? J’utilise régulièrement la communication non violente dans un cadre professionnel avec mes clients, et il s’y trouve tout un parcours pour développer l’art de dire «non».
De manière synthétique, le principe est de faire comprendre à l’interlocuteur que le «non» qu’on lui avance n’est pas un rejet de ce qu’il pense, de ce qu’il ressent ou de ce qu’il veut, mais un refus de l’action proposée. Dit autrement, on peut être d’accord sur le principe et pas sur son exécution. Et l’on peut chercher ensemble ce sur quoi on est d’accord, ne serait-ce que de faire cette recherche ensemble.
Au final se pose la question de savoir quel espace chacun se donne pour dire «non». Quelles sont les limites que l’on veut poser, dans son espace personnel comme dans son espace professionnel? Pour pouvoir faire de la place à cet espace, cela nécessite de prendre le temps de la réflexion, de choisir comment l’on va communiquer ce «non» (la manière, le lieu, le moment), d’estimer les conséquences possibles du «non».
Et finalement, il est important d’évaluer dans quelle mesure nous laissons la place à l’autre pour dire «non», car sinon nous risquons de créer nous - même une situation de déséquilibre.
Enfin, pouvoir dire «non» permet de pouvoir dire un vrai oui, pleinement voulu par chacun
D’un point de vue personnel, cela permettra des relations harmonieuses. Et d’un point de vue professionnel, cela engendrera des personnes engagées, motivées, pleinement investies. Et vous, quel est le «non» que vous auriez envie de dire?

* Formatrice en entreprise, consultante, coach professionnelle





 
 
 

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