Le piège des taxes à la consommation

lundi, 13.07.2020

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Le propre des grandes crises est d’exacerber les inégalités qui sont déjà existantes jusqu’à les rendre visibles. Ainsi il a fallu d’urgence distribuer des colis de nourritures à Genève, une des villes les plus riches du monde car les travailleurs précaires ne pouvaient supporter le confinement qui les privait de toute ressource.

Le parlement fédéral vient de discuter la future loi sur le CO2 qui repose essentiellement sur un mécanisme fiscal: augmenter les taxes sur les activités ou les produits polluants: carburants et combustibles, voyages en avion, développement de carburants verts. Résultat manifeste: les riches auront davantage de place dans les avions qui du reste circuleront beaucoup moins; soit dit en passant si on voulait vraiment diminuer le trafic aérien, il n’aurait pas fallu sauver Swiss en le subventionnant à hauteur de deux milliards.

Dans la France de 2018, le mouvement des gilets jaunes a démarré en réaction à une augmentation des taxes sur l’essence, programmée en vue d’en diminuer la consommation. Cette initiative négligeait le fait que, pour beaucoup de travailleurs, la voiture est le seul moyen d’accéder à leur emploi et qu’ils n’ont pas la possibilité de supporter des taxes accrues avec de faibles salaires. Augmenter les taxes sur l’essence n’empêchera pas ceux qui peuvent les payer de rouler sans nécessité et ceux qui doivent rouler pour gagner leur vie de ne plus y parvenir.

On retrouvera cette constante dans tout le dossier: les inconvénients de la transition climatique affecteront surtout les moins favorisés. Toute modification de l’environnement agit comme un filtre. Elle avantage les plus évolués pour qu’ils survivent. C’est conforme à la cruelle logique de l’évolution selon Darwin. La sauvegarde de l’environnement et la justice sociale sont deux objectifs qui ne coïncident pas spontanément. Toute politique saine doit donc prendre en compte deux objectifs difficilement conciliables: sauver la planète; protéger les populations défavorisées. Dans l’optique de l’évolution biologique naturelle, elles seraient éliminées. L’évolution de l’espèce humaine exige peut-être de dépasser cette logique. Dans quelle mesure, avec quels moyens, selon quels critères? Personne n’y a réfléchi. Le parlement fédéral pas plus que les autres.

Car il y a encore plus vicieux dans la loi. Elle vise à ramener les émissions de gaz de serre à zéro en 2050. Pas les émissions de la Suisse à vrai dire car nous achèterons des droits à polluer pour 25% du bilan. Il existe un vaste marché des droits à polluer où les pays sous-développés qui émettent peu de gaz peuvent vendre leur quota à ceux qui polluent le plus. On reproduit entre pays la dialectique exposée plus haut pour les personnes: un pays riche qui pollue beaucoup a le droit de continuer.

En Suisse, les mesures d’économie déjà prises ont fait diminuer la consommation d’énergie par personne de près de 6% depuis 1990. Mais la population a simultanément cru de 20%. Au total, la consommation d’énergie du pays augmente au rythme de 0,5% par an. En achetant des droits à polluer, la Suisse «émet» théoriquement moins de gaz à effet de serre qu’en 1990, mais en réalité elle en émet toujours trop.

* Ancien conseiller national





 
 
 

AGEFI

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