Le petit virus qui change le monde

lundi, 13.04.2020

René Longet

René Longet

Le « cygne noir » tant redouté est là, au milieu de nous. Il a pris la forme d’un petit virus qui en peu de temps a fait le tour du monde, invisible, insaisissable. Il a tout arrêté, vie économique, relations sociales, événements culturels. Les coûts pesant sur les entreprises, les associations, les individus, les Etats sont immenses.

Un fait rassurant, d’abord, et sur lequel nous pouvons bâtir: nos sociétés ont su réagir. Certes, pas suffisamment tôt, le danger paraissant au début bien lointain. Mais dès les premiers cas dans notre environnement proche, les mesures ont été efficientes, fermes, largement acceptées. La preuve de la capacité d’action de nos structures étatiques, sanitaires, sociétales est faite, et ce n’était pas gagné.

Mais ce n’est pas gagné partout, loin de là. Dans le monde, près de 700 millions de personnes n’ont pas d’eau propre à disposition. Comment se laver les mains sans eau ni savon? Près de 700 millions de personnes, également, n’ont pas de toit. Comment garder la distance interpersonnelle dans un bidonville ? D’après l’OMS, la moitié de l’humanité n’a pas accès à des soins de base. Et dans les villes, être consigné à domicile n’a pas du tout la même signification selon le quartier, selon l’agencement de son logement. Il faudra se souvenir de ces constats, quand on ergotera à nouveau sur le bien-fondé de la coopération au développement, et dans nos politiques d’urbanisme et de logement.

Une certitude, ensuite : il nous faudra faire le tri, individuellement et collectivement, de nos activités. Tant de choses s’étaient déréglées, attendaient qu’on s’en occupe : mondialisation effrénée, fuite en avant dans une compétitivité sans lien avec les vrais besoins, inégalités croissantes, déstabilisation des bases écologiques de notre existence... Un certain modèle de développement se trouve depuis quelque temps en roue libre. Tel un ogre jamais rassasié, sans pilote à bord, il nous incite à produire, consommer, jeter, peu importe l’utilité réelle des biens et services fournis. Au prix d’épuiser la Terre et de nous épuiser aussi.

Nos systèmes centralisés se révèlent extraordinairement fragiles et il nous faudra renforcer la résilience locale - dans une concertation globale. Et une fois le virus vaincu, combattre avec la même énergie, la même détermination, le même sens du bien commun un danger infiniment plus grand : le dérèglement climatique, qui peut en peu de temps rendre notre Planète, peuplée bientôt de 8 milliards d’humains, proprement inhabitable. Ce sera le chantier à prendre à bras le corps cette année encore. Les scénarios sont écrits, il suffit de les appliquer. Ce que nous aurons su faire pour sauver notre peau face à un petit virus, nous saurons le faire pour sauver notre peau face à la menace climatique.

Il nous faut plus que jamais redéfinir nos façons de produire et de consommer, les aligner sur les priorités de l’humanité et les capacités de la planète à les assurer. Les programmes de soutien et de relance doivent être l’occasion de repartir sur des bases plus saines, de se libérer à bref délai du pétrole et du plastique, de repenser le rôle de l’aviation et des transports, de corriger un système agroalimentaire global qui détruit la santé de la Terre et la nôtre - en faveur de l’agroécologie, de la sobriété énergétique et de l’économie circulaire. A défaut de quoi la prochaine crise est déjà programmée.

* Expert en développement durable





 
 
 

AGEFI

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