Le Musée cantonal vaudois des Beaux-Arts

dimanche, 05.01.2020

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck.

Le Musée cantonal vaudois des Beaux-Arts (MCBA) a coûté 83,5 millions de francs, 40,7 % de ce montant étant financé par des dons privés. Il fut en partie appuyé dans sa création par une initiative légendaire du conservateur, à l’époque où quelques peintures étaient exposées dans des salles exigües du Palais de Rumine. Pour dénoncer ce manque de moyens, il mit en place une grève de l’exposition, des salles vides ou à peu près. A cette occasion il m’a ouvert la réserve et montré les richesses de celle-ci.
Il fallait manifestement un grand espace pour déployer ces trésors. D’où le bâtiment actuel. Or, une visite dans son état actuel révèle beaucoup de places perdues, des salles complètement vides et une conception homéopathique, microscopique, minimaliste des œuvres exposées. Le musée conserve un peu plus de 10.000 œuvres. Le legs du Dr Henri-Auguste Widmer comporte des œuvres essentielles de l’impressionnisme, du symbolisme et du post-impressionnisme. Degas, Renoir, Cézanne, Vuillard, Bonnard, Denis, Rodin et Maillol dialoguent désormais avec les Suisses François Bocion, Eugène Burnand, Ernest Biéler, Louise Breslau, Ferdinand Hodler, Giovanni Giacometti, et Marius Borgeaud. La Fondation Félix Vallotton possède la plus grande collection d’œuvres de Félix Vallotton (plus de 500 pièces). Or, si on ne peut pas dire que rien de ces richesses ne soit exposé, on est frappé par la rareté de leur accès par le public. Le public devrait être invité à visiter les réserves qui sont le véritable musée.
En revanche on découvre beaucoup «d’installations», c’est-à-dire d’objets quelconques dont «l’artiste» a décrété que c’était une œuvre d’art. Le prototype de cette contre-culture est le célèbre urinoir renversé de Marcel Duchamp, baptisé Fontaine et exposé en 1917. L’artiste n’est plus obligé d’apprendre les techniques de son art, car il proclame que la culture est ce qu’il veut qu’elle soit. Mieux encore, l’incompréhension de ses contemporains est devenue le critère de l’artiste véritable. Ce n’est plus une tentative de mettre en scène quelque chose qui soit beau mais hideux, qui ait un sens mais qui n’en ait pas.
Dans le MCBA, une salle entière illustre ce délire. À l’aide de matériaux pauvres, panneaux en bois, tables pliantes, tissu rouge, photocopies, carton, plastique, feuille d’aluminium, Thomas Hirschhorn pratique le «bricolage» à grande échelle, «au service d’un travail concis, énergique, immédiatement efficace, sans hiérarchie, où tout est relié et où les aspects formels découlent de l’urgence du message à transmettre.» Sa devise est révélatrice: «Énergie = oui! Qualité = non!». Le message saute aux yeux. Cette décharge représente le monde dans lequel nous vivons. Merci, on le savait. Merci de nous enfoncer dans le désespoir.
À l’inverse des siècles précédents, ce que l’on appelle la culture ne s’efforce plus de donner du sens à la vie ordinaire. Elle ridiculise la société en montrant que la vie n’a pas de sens et qu’elle repose sur une exploitation de l’homme par l’homme. En fin de compte tout est absurde, à commencer par la vie. Telle semble être la conception à la base du MCBA. Ce n’est pas la nôtre.

* Professeur honoraire, EPFL





 
 
 

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