Le Libor bientôt remplacé par le Saron

mercredi, 23.10.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Ces derniers mois, on a pu lire à maintes reprises dans la presse financière que le taux de référence actuel, le Libor serait très probablement supprimé fin 2021 et remplacé en Suisse par un nouveau taux de référence, le Saron.

Comme les taux d’intérêt diffèrent d’une banque à l’autre, des taux de référence pour une monnaie et une durée déterminées communs à tous les établissements sont calculés afin de créer un point de référence harmonisé pour les opérations financières.

Le Libor en perte de vitesse

Jusqu’à présent, le principal taux de référence était le Libor (London Interbank Offered Rate). Celui-ci indique à quel taux d’intérêt les banques sont disposées à s’octroyer mutuellement des crédits pour une courte durée (le plus souvent trois mois) sur le marché interbancaire. Le Libor a des applications variées. Il définit, par exemple, le taux des créances hypothécaires qui lui sont adossées. Cela représente aujourd’hui 15 à 20% de l’ensemble du volume hypothécaire en Suisse. 

Depuis 1986, le Libor est calculé officiellement par la British Bankers Association. Il représente une moyenne des taux d’intérêt communiqués par une sélection de banques. Ces dernières indiquent les taux d’intérêt auxquels elles s’attendent à obtenir un crédit non couvert auprès d’une autre banque pour diverses durées. 

Après la crise financière de 2009, le Libor a fait l’objet de vives critiques. D’une part, le Libor pouvait être sujet à des manipulations en raison de la manière dont il est obtenu, c’est-à-dire l’évaluation par la banque elle-même du taux d’intérêt auquel elle pourrait bénéficier d’un crédit interbancaire.

D’autre part, après la crise financière, les banques d’affaires sont de moins en moins disposées à s’accorder mutuellement des crédits en blanc. Conséquence: le Libor se base de moins en moins sur les transactions réelles et a donc perdu de sa crédibilité comme taux de référence.

Le Saron fait son entrée

Ces faiblesses ont conduit à remplacer le Libor par de nouveaux taux de référence. Fin 2021, les banques ne seront plus obligées de fournir des données pour son calcul. Ainsi, à partir de 2022, il n’y aura probablement plus de cotations du Libor à disposition. 

Désormais, ce sont les taux au jour le jour sans risque qui doivent servir de référence. En Suisse, cette fonction sera confiée au Saron (Swiss Average Rate Overnight). A la différence du Libor, le Saron concerne des crédits couverts et des emprunts obligataires de qualité servent de garantie. Par ailleurs, seules des transactions effectives ou des offres fermes sont prises en compte pour le calcul du Saron. Le nouveau taux de référence repose donc sur une base plus large et il est plus résistant aux tentatives de manipulation.

Pas d’infléchissement pour la BNS

Depuis la fin des années 1990 et jusqu’à l’été 2019, le Libor à trois mois a joué un rôle central dans la politique monétaire de la Banque nationale suisse (BNS) qui a pu influer, par son intermédiaire, sur la courbe des taux et sur l’économie réelle pour atteindre ses objectifs. 

Avec la fin prévue du Libor, la BNS a revu sa politique monétaire. Elle sera désormais axée sur son taux directeur. Par ailleurs, les taux d’intérêt du marché monétaire couverts à court terme (c’est-à-dire les taux du Saron) seront certainement maintenus proches du taux directeur de la BNS.

Compte tenu du faible écart entre les taux Libor et Saron, cela ne constitue pas un infléchissement de la politique de la BNS qui devrait maintenir encore très longtemps ses taux directeurs en territoire négatif. Cela signifie aussi peu de mouvement à court terme au niveau des taux d’intérêt. Au cours des prochaines années, le Saron ne devrait donc pas évoluer d’une manière très différente de ce qu’aurait fait le Libor.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

AGEFI

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