Le dollar américain perdra-t-il bientôt de son lustre?

mardi, 04.12.2018

Sarah Salamoun*

Rétrospectivement, le dollar a été soutenu en 2018 par la politique de Donald Trump, mêlant relance fiscale et protectionnisme. Il s’est affirmé comme une devise refuge à haut rendement, notamment par rapport aux instruments à faible rendement que sont l’euro, le yen japonais, le franc suisse et l’or. La vente, par les banques centrales des marchés émergents, d’instruments liquides en vue de soutenir leurs réserves de change a constitué une autre tendance marquante. 

Enfin, n’oublions pas que le dernier coup de pouce reçu par le dollar est venu, au mois d’octobre, d’investisseurs étrangers rachetant leurs positions de couverture en dollar au moment de la chute des marchés d’actions américains.

Une question se fait de plus en plus insistante: combien de temps durera cette hausse du dollar US? La récente modification de l’équilibre des forces au Congrès américain pourrait ouvrir la voie à une correction du dollar US, car un blocage politique du Congrès signifierait le retour du risque politique aux États-Unis. Il est encore trop tôt pour quantifier l’impact précis que cela aurait sur la divergence des politiques monétaires; néanmoins, une orientation moins ferme de la Réserve fédérale pourrait peser sur le dollar, car des questions telles que la hausse rapide du double déficit, les extensions du plafond de la dette, les échéances du financement de l’action publique, etc. pourraient soudainement refaire surface. 

«Roi-dollar» 

Mais si les piliers du «roi-dollar» sont susceptibles d’être menacés selon notre scénario, l’attention politique est désormais de nouveau concentrée sur l’Europe, maintenant que les élections de mi-mandat sont derrière nous. Les risques politiques de la zone euro, qui ont plombé la devise européenne pendant la majeure partie de l’année, sont progressivement intégrés dans les prix de marché. Alors que l’indice Dollar s’échange à un point haut de 16 mois et que le positionnement vendeur sur la paire EUR/USD n’a jamais été aussi important depuis janvier 2015, cette paire de devises se trouve indéniablement sous pression depuis quelque temps. Cependant, la BCE devrait bientôt normaliser sa politique; l’expansion de son bilan pourrait arriver à son terme à la fin 2018, alors que l’on évoque une possible première hausse des taux pour septembre 2019. 

Probable ralentissement du PIB américain

Historiquement, la sous-performance du dollar US a atteint 4,50% en moyenne 180 jours après les élections de mi-mandat, lorsque les Démocrates ont remporté la Chambre des représentants, mais non le Sénat, alors qu’ils ne dépassaient pas le seuil des 60 sièges et que l’économie américaine affichait une croissance positive du PIB. Si l’histoire se répète, on peut s’attendre à un ralentissement du PIB américain dans les mois à venir, ainsi qu’à une correction du dollar comprise entre 2,90% et 5,60%, au cours des 6 prochains mois. Le dollar US pourrait connaître des accès de faiblesse plus marqués par rapport à d’autres devises bénéficiant de trajectoires de politique monétaire claires, à l’instar de l’euro, du dollar canadien, ou encore des couronnes norvégienne et suédoise. En revanche, le billet vert est susceptible de rester soutenu contre les devises des antipodes, qui représentent en quelque sorte la Chine dans l’espace des changes du G10 et ont jusqu’à présent perdu du terrain en raison de la guerre commerciale opposant cette dernière aux États-Unis. Alors que les médecins recommandent souvent la patience, 2019 s’annonce déjà comme une année qui changera la donne. Et si l’histoire ne se répète pas exactement, un air de déjà-vu n’est pas à exclure.

*Forex & Precious Metals Advisor, Indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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