Le développement durable, une grande opportunité pour les entreprises

mercredi, 06.11.2019

Céline Renaud*

Céline Renaud

Le développement durable peut-il apporter une plus-value pour les entreprises? Cette question était au cœur de la thématique du 17e Evénement économique de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG) un mardi après-midi à Palexpo. Un thème très intéressant, surtout après les résultats des élections fédérales à peine dix jours avant ce forum.

Le développement durable commence par penser à nous-mêmes. Au lieu de dire aux autres ce qu’ils ne sont pas en droit de faire, il est plus judicieux de réfléchir comment nous pouvons améliorer la situation pour être plus durables dans l’entreprise comme à la maison. Le développement durable n’est pas une mode mais une nécessité, comme par exemple le besoin de suivre la digitalisation. Vivre et gérer les entreprises de manière plus durable, ce n’est pas en interdire ni taxer. Comme le Conseiller d’Etat vaudois Philippe Leuba le dit, le développement durable commence avec l’innovation, pas avec l’interdiction.

Chez Caran d’Ache, ils ont compris cela et l’ont appliqué en stratégie d’entreprise gagnante. Cette marque phare de Suisse romande utilise, comme tous ses concurrents, du bois majoritairement en provenance de Californie pour fabriquer leurs célèbres crayons. Alors «pourquoi ne pas utiliser le bois suisse?» s’interroge leur CEO Jean-François de Saussure. Avec toutes nos magnifiques forêts à proximité, il y a beaucoup de possibilités et ils proposent maintenant une collection de crayons entièrement suisses. Si jusqu’à récemment, 97 % des crayons de cette marque étaient californiens, ils se sont donnés dix ans pour faire chuter ce ratio à 80 %.

«Mon rêve est que tous les élèves suisses puissent utiliser les crayons faits avec le bois de leur propre canton» explique Jean-François de Saussure. Pour le moment, le crayon 100 % suisse est encore plus cher qu’un crayon fait avec du bois californien. Cependant, une augmentation de production va dans tous les cas faire descendre le prix. Et avec entre autres des changements climatiques, il est certain que le prix du bois californien va augmenter ces prochaines années avec des conséquences sur le prix des crayons. De plus, amener les élèves en forêt pour expliquer avec quels arbres leurs crayons ont été fabriqués offre aussi un côté éducatif intéressant.

En pensant aux paroles passionnées de Jean-François de Saussure, je réalise qu’avec notre entreprise JMC Lutherie, nous étions dix à quinze ans trop tôt avec nos guitares et haut-parleurs en bois d’harmonie 100 % suisses. Quand je suis partie il y a plus de quinze ans pour exposer nos premières guitares en Chine et au Japon, ces instruments ont été fabriqués totalement avec des bois suisses que nous trouvons dans les forêts à proximité de notre manufacture à la vallée de Joux. 

À cet époque-là, la notion de développement durable n’était pas encore dans les priorités des entreprises ni des consommateurs. Selon l’étude de la CCIG et de la Banque cantonale de Genève (BCGE) «Développement durable: bonnes pratiques et plus-value pour les entreprises», il y a 20 ans, le développement durable suscitait des craintes et des appréhensions. Aujourd’hui, il compte de nombreux ambassadeurs dans les entreprises et il y a même des modèles d’affaires qui se calent sur ce sujet. Selon une spécialiste en développement durable, l’opportunité que représente le développement pour les entreprises se chiffrerait à plus de douze milliards de francs suisses…

Ce montant me laisse perplexe et me donne envie. J’espère qu’il en est de même pour de nombreuses personnes et entreprises qui tenteront l’aventure. Je suis fière qu’avec JMC Lutherie, nous étions des pionniers et que nous avons participé activement à ces changements de prise de conscience.

* CEO et fondatrice, JMC Lutherie 





 
 
 

AGEFI

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