Le défi de la Confédération européenne

samedi, 20.06.2020

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Un pas décisif va possiblement être franchi dans l’accession de l’UE au stade de Confédération. Elle va émettre un emprunt solidaire de tous les pays. Concrètement, les riches du Nord vont aider les pauvres du Sud à surmonter l’impasse budgétaire dans laquelle ils se débattent, avec moins de ressources fiscales, davantage de charges et le fardeau d’une dette antérieure déjà trop lourde. Quelqu’un en Allemagne a compris que la ruine de l’Italie et de l’Espagne serait nuisible pour ses exportations. Ce quelqu’un est sans doute, à elle toute seule, Angela Merkel.

Pourquoi elle? Pour plusieurs raisons dont les deux principales sont sa formation de physicienne, qui la prémunit contre les idéologies, et la famille d’un pasteur dont elle est issue, qui lui a donné des réflexes de chrétienne. En un mot, pour elle, l’intérêt et le devoir de l’Allemagne coïncidaient. C’est plus souvent le cas qu’on ne le croit. La charité est réaliste, car elle promeut la vie en commun plutôt que la guerre.

Une fois de plus, l’Europe avancera grâce à un défi surmonté. Ses institutions ne sont nées que de la réunion des réponses à toutes les crises successives. Une pandémie apprend à tout le monde que le salut se trouve dans la solidarité. C’est la seule façon de partager les ressources vitales en cas de nécessité: les médicaments, les protections, les lits disponibles dans les hôpitaux. Des patients alsaciens ont été admis en urgence par la Suisse, le Luxembourg et l’Allemagne. Ce n’était pas seulement de la charité, car il fallait éteindre le plus vite possible le foyer alsacien pour parer le risque de contamination à travers des frontières, qui sont toujours un peu poreuses.

Dans de telles circonstances, un pays doit d’abord compter sur ses propres ressources et puis, très tôt, sur les pays avoisinants. Tel est le rapport inévitable et nécessaire entre la Suisse et l’UE.  Celle-ci constitue un marché de 500 millions de consommateurs juste après la Chine et l’Inde, bien avant les Etats-Unis. Qu’il s’agisse d’économie ou de santé, la taille est un atout important. Huit millions d’habitants peuvent envisager l’autonomie, pas l’autarcie. Mais celle-ci est à la mesure d’un continent qui ne doit pas se reposer sur les bontés de la Chine ou des Etats-Unis.

La Confédération helvétique est née elle aussi des épreuves qu’elle a surmontées. Il a fallu sept siècles et ce n’est pas terminé. Car l’épreuve de la pandémie et la crise économique postérieure enseignent maintenant notre solidarité continentale. Nous ne sommes pas une île au milieu du Pacifique, nous sommes entourés de terres. Dès lors les cantons les plus touchés ont forcément subi la proximité naturelle de la France et de l’Italie. Comme une partie importante du personnel médical était formée de frontaliers, il était impossible de clore hermétiquement les frontières.

Il faudra réaliser que beaucoup de problèmes sont non seulement au niveau du continent mais aussi de la planète. Le prochain est celui du climat auquel il est impossible d’échapper ou d’apporter une solution nationale. Comment influencer la planète sinon en agrégeant le continent? Comment changer la répulsion à l’égard de l’UE? C’est le prochain défi de la Confédération.

* Ancien conseiller national PDC





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...