Le coronavirus malmène aussi le système de prévoyance suisse

mardi, 11.08.2020

*Daniel Kalt **James Mazeau

Daniel Kalt et James Mazeau

En 2019, l’indice UBS de la prévoyance suisse a connu un répit grâce aux propositions de réforme, à une excellente performance boursière et à une croissance économique robuste. Mais la crise du coronavirus a rapidement éclipsé cette évolution.

L’élément décisif a été l’effondrement du sous-indice Evolution économique, causé par la détérioration du marché de l’emploi, l’augmentation de la dette et la chute de la dynamique économique. Depuis plusieurs trimestres, les trois autres sous-indices (Finances, Démographie et Réformes) n’ont guère contribué à redresser la situation.

Les baby-boomers à la retraite

Le vieillissement de la population, l’un des plus grands défis du système de prévoyance, se reflète dans le rapport de dépendance des personnes âgées, qui domine le sous-indice Démographie. Ces prochaines années, le nombre de retraités augmentera beaucoup plus vite que la population active à cause du départ à la retraite des baby-boomers. Ce phénomène exacerbera la situation de l’AVS, qui est financée par répartition.

Si la Réforme fiscale et financement de l’AVS (RFFA) est entrée en vigueur le 1er janvier 2020, il n’en demeure pas moins que les nouveautés qu’elle implique n’offrent pas de solution à long terme. La pandémie a engendré une crise économique et financière qui impacte tous les domaines de la prévoyance vieillesse. Tour d’horizon.

1er pilier: réformes impératives

Dans le 1er pilier, la stabilité de l’AVS est influencée par le rapport retraités/actifs. Même si la crise sanitaire représente un risque plus important pour les retraités, le nombre de décès n’est pas assez élevé pour engendrer une baisse durable des versements de rentes. Cela dit, une économie fragilisée, assortie d’un taux d’emploi plus faible et d’une hausse du chômage aura pour effet de diminuer les recettes AVS issues des cotisations salariales directes et de ralentir la consommation, ce qui diminuera les redevances de TVA.

Le fonds de compensation de l’AVS est là pour combler les lacunes de financement conjoncturel. Or, dans la crise actuelle, il a subi de lourdes pertes, notamment sur les actions les plus risquées et ne pourra combler les déficits structurels de l’AVS. Il est donc urgent de procéder à des réformes de grande envergure.

2e pilier: contributions en baisse

Le 2e pilier garantit des prestations de vieillesse et de risque. Ces dernières reposent sur le capital versé individuellement. Les contributions et les rendements du capital des actifs sont donc une composante importante de la stabilité financière.

Or, comme pour le 1er pilier, les contributions reculeront de pair avec l’emploi et il est possible que les rendements diminuent en moyenne en raison de la baisse des taux directeurs. La sous-couverture peut être partiellement comblée en puisant dans les réserves. Mais pour 2020, cela entraînera une baisse des crédits d’intérêt à de nombreux niveaux.

L’horizon de placement, clé du 3e pilier

Avec le pilier 3a, les épargnants qui ont investi dans des titres ont subi de la manière la plus directe et très nette l’impact financier de la crise du coronavirus sur leur capital. Si leur exposition aux actions était forte, ils ont probablement subi des pertes allant jusqu’à 30% aux mois de mars et avril.

La bonne stratégie de placement dans le pilier 3a dépend de l’horizon de placement. S’il est de plus de quinze ans, il est possible d’investir entièrement en actions et, avec une probabilité de 80%, de ne pas subir de perte à la fin de cette période. Si l’horizon de placement est plus court, il convient d’assumer progressivement moins de risques. L’absence d’exposition aux titres comporte aussi des risques, car la valeur du capital sur un compte est érodée par l’inflation à long terme. 

*Chef économiste Suisse 

**Economiste, Chief Investment Office UBS GLOBAL WEALTH MANAGEMENT





 
 
 

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