Le climat ne concerne pas la droite

dimanche, 05.05.2019

Jacques Neirynck *

Selon Christophe Blocher, la transition climatique relève de l’hystérie collective, propagée par les médias. En réalité les spécialistes scientifiques du climat confirment que l’émission de CO2 engendre un effet de serre. En février 2019, l’Organisation météorologique mondiale a annoncé que les années 2015 à 2018 ont été les plus chaudes depuis les premiers relevés effectués en 1850. En 2018, la température moyenne de la planète s’est établie à 14,7°C, dépassant de 1°C celle de l’ère préindustrielle et de 0,38°C la moyenne des années 1981-2010.
Quoiqu’en pense et qu’en dise Christoph Blocher ce ne sont pas de grossiers mensonges. Les scientifiques font leur métier qui ne consiste pas à émettre des opinions mais à faire des mesures et des prévisions. Ils diffusent des images de la banquise arctique pour prouver qu’elle fond. Ils montrent des photos pour démontrer que les glaciers disparaissent. Au XXe siècle, la mer est montée de 17 centimètres sous l’effet du changement climatique. Le niveau marin a encore gagné en moyenne 8 centimètres de 1992 à 2015 et localement jusqu’à 23 centimètres.
Cependant le Conseil fédéral ne prend aucune mesure sérieuse, tout comme s’il s’agissait d’une fable inventée par les laboratoires qu’il finance ou bien d’une hystérie collective, créée par les médias. De même le Conseil national vient de refuser la loi sur le CO2 par une alliance révélatrice entre la gauche et la droite. Le citoyen moyen peut sérieusement s’inquiéter. Nos autorités, qui veillent sur une foule de détails comme les cornes des vaches et la construction de minarets, ne se préoccupent pas de cette menace majeure.
La position de Christoph Blocher, qui rejoint du reste celle de Donald Trump, est étonnante. L’un et l’autre ont construit leurs fortunes à partir de rien, par une perception aigüe de la réalité économique, par lucidité, par esprit d’entreprise.
Comment quelqu’un qui réussit sa vie professionnelle peut ainsi se tromper et nous tromper? Et surtout quel est le rapport entre la raison d’être des partis populistes, fondés sur la fermeture des frontières et la xénophobie, et le déni de réalité climatique?
Lors d’un débat sur le sujet, un participant a fini par se dévoiler: la transition climatique ne peut être maîtrisée que par une action internationale, fondée sur des traités contraignants et une autorité planétaire. Face à ce défi, la souveraineté nationale s’efface. Or c’est bien ce qu’il y a de plus contraire à un parti nationaliste. Dès lors qu’un tel problème ne peut être résolu qu’en abandonnant l’idéologie qui le fonde, il vaut mieux que ce problème n’existe pas. Périsse le genre humain plutôt que disparaisse la souveraineté absolue de la Suisse. En niant la réalité, on se persuade de vivre hors du temps et de l’espace, dans le fantasme d’une Suisse éternelle de droit divin.

* Professeur honoraire, EPFL





 
 
 

AGEFI

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