Le canton de Vaud peut redonner confiance à son économie par des actes

samedi, 16.05.2020

Claudine Amstein *

Claudine Amstein

Les mesures fédérales pour lutter contre les effets de la crise sanitaire ne couvrent pas l’ensemble des besoins observés sur le terrain. Les associations économiques vaudoises ont écrit au Conseil d’État pour l’encourager à jouer son rôle en complétant les aides aux entreprises, alors que le PIB cantonal a chuté de 5,5%.

Au moment où l’activité économique tente de repartir après deux mois de semi-confinement, le constat est sans appel: les milliards de francs dégagés par la Confédération ne permettent pas de soutenir toutes les entreprises. Dans le canton de Vaud, les plus petites d’entre elles et les indépendants sont notamment oubliés. C’est la raison pour laquelle les organisations économiques faîtières vaudoises, dont la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, ont écrit il y a quelques jours au Conseil d’État pour qu’il complète ces aides. Les associations sont conscientes que toutes ces mesures ne pourront être mises en œuvre et que certaines méritent d’être encore affinées. 

Le gouvernement vaudois a certes annoncé qu’il engagerait un peu plus de 400 millions pour soutenir le tissu économique cantonal. Pour l’heure, toutefois, la ventilation de cette somme reste pour le moins nébuleuse. Nos entreprises, fers de lance de la croissance suisse ces dernières années, attendent des mesures concrètes pour redémarrer. Les faîtières se déclarent prêtes à accompagner les démarches du Canton depuis le début de cette crise.

Les besoins, au gré des nombreux retours que nous avons du terrain, sont considérables. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut lister quelques mesures indispensables. L’une des plus urgentes consiste à relever à 5880 francs –soit le même plafond que les indépendants au bénéfice des APG – la RHT des propriétaires de SA et Sàrl, qui est limitée pour l’heure à 3320 francs par mois. Une telle contribution se justifie d’autant plus que les Chambres fédérales ont refusé d’agir en la matière lors de leur récente session urgente. Prévoir un montant forfaitaire d’indemnisation pour les indépendants remplissant les critères posés par la Confédération, mais qui ne peuvent bénéficier des APG en raison du plafond de 90.000 francs, est également jugé essentiel. La création d’un fonds spécial pour les cas de rigueur ou encore l’octroi d’aides ciblées aux entreprises industrielles et technologiques pour garder en activité les employés qui se consacrent à la R&D au lieu de les mettre en RHT relèvent aussi de l’impérieuse nécessité.

Le Canton, dont les finances sont florissantes depuis plus d’une dizaine d’années, est également appelé à prendre des initiatives dans le domaine fiscal. Il devrait ainsi autoriser les entreprises à lisser les bénéfices réalisés durant les années 2018 et 2019 sur les années 2020 et 2021, mécanisme analogue à celui qui permet de lisser les pertes sur plusieurs exercices. Il serait aussi bien inspiré d’abandonner la perception de certaines taxes pour 2020 et 2021, comme celle sur les véhicules servant à l’exploitation, et d’octroyer un intérêt de 0,25% sur les impôts payés avant l’échéance.

Les associations économiques attendent également un geste fort en faveur de l’apprentissage, tant il est vrai que la période habituelle de recrutement entre avril et août est fortement entravée, voire compromise, par la crise. Et l’on sait d’expérience que disposer de personnel qualifié est l’une des conditions nécessaires à la reprise économique et à sa consolidation dans la durée. Pour inciter les entreprises à engager des apprentis en août, l’État devrait prendre en charge, à titre exceptionnel, 50% du salaire de chaque apprenant durant la première année de sa formation..

Ces décisions doivent être prises sans retard, car les effets de la crise nécessitent des interventions toujours plus urgentes. À moyen terme, enfin, il nous semble indispensable que le canton de Vaud développe une politique anticyclique plus volontariste que cela n’a été le cas jusqu’à maintenant. 

* Directrice, Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie





 
 
 

AGEFI

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