Le Brexit est populiste

lundi, 07.01.2019

* Michel Santi

Michel Santi

L’analyse qui suit sur ce  Brexit qui tourne à la farce, me semble révélatrice d’une époque qui «pue». Je vous demande pardon pour ce terme.

Les grandes catastrophes européennes ont toutes eu en commun un sentiment de supériorité nationale. De fait, l’Europe s’est plu - ces derniers siècles et décennies - à s’autodétruire, et ce quasiment chaque fois sous l’impulsion morbide d’une pseudo supériorité nationale ayant persuadé les nationalistes locaux que leur pays était plus grand, plus beau, plus fort, plus pur que leurs voisins. A cet égard, le Brexit n’est pas tant la résultante d’un jeu de pouvoir malsain (David Cameron), d’une méfiance vis-à-vis d’une immigration massive, d’une stagnation économique issue de la rigueur budgétaire, que d’un phénomène hélas bien connu et que trop rôdé en Europe, devant tout au nationalisme.

Les «leavers», ou partisans du Brexit, sont en réalité nostalgiques d’une époque où la Grande Bretagne était encore «grande» et que l’équilibre des forces mondiales était encore bien identifié, et accessoirement souvent en leur faveur. Les Britanniques ne sont, du reste, pas le seul peuple d’Europe en demande de reprise en mains de leur destinée. A cet égard, les percées décisives des populistes dans nombre de pays européens sont en droite ligne des exigences d’auto détermination des peuples d’Europe centrale ayant provoqué la Première Guerre Mondiale, la fin des Empires austro-hongrois et ottoman, et annoncé Hitler à la faveur de la liquéfaction économique allemande.

Le Brexit, dernier sursaut national britannique, s’avère déjà ruineux, autant que pouvait l’être le national-socialisme ou que le fascisme. C’est pourtant toujours les mêmes erreurs qui sont commises depuis des décennies car nulle nation ne peut jamais fièrement rester seule et isolée. Au summum de sa splendeur, l’Angleterre elle-même dut se trouver des alliés pour vaincre Napoléon, ou le Kaiser! C’est effectivement en forgeant des alliances, en signant des accords et des traités, que l’on peut faire valoir ses idées, ou faire prospérer son économie. Ce sentiment britannique de perte de contrôle de son destin et de dilution de son identité - fruits de la globalisation - est désormais commun et partagé au sein des nations occidentales… si ce n’est que le Brexit est encore plus dangereux que Donald Trump.

Mixture trouble faite de populisme et de nationalisme, assaisonnée de désespoir et de perte de confiance, le Brexit est donc définitivement la toute dernière incarnation des démons européens. S’il sera l’équivalent - pour la Grande Bretagne - d’une défaite militaire majeure, si en effet le Brexit sera le Waterloo anglais, c’est l’ensemble de notre continent qui en souffrira. A l’instar de la Première Guerre mondiale qui devait consacrer le déclassement européen et l’avènement de la toute puissance américaine.

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