L’avènement des thérapies géniques

mercredi, 08.01.2020

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

En juin 2000, une première ébauche de cartographie du génome humain a été établie. Près de vingt ans plus tard, des thérapies consistant à modifier le code génétique sont désormais commercialisées.

Ces thérapies géniques constituent un changement de paradigme dans la médecine, susceptible de révolutionner la prestation des soins de santé et de rebattre les cartes au sein de l’industrie biopharmaceutique. En effet, après un certain nombre de faux départs, des thérapies géniques et cellulaires de nouvelle génération destinées à traiter certaines maladies rares et certains cancers sont en train d’obtenir l’aval des autorités de réglementation.

Du point de vue de l’investissement, ces thérapies sont probablement l’un des thèmes de long terme les plus enthousiasmants de la prochaine décennie.

Les thérapies géniques ont franchi l’étape de la démonstration de faisabilité et la réglementation dans ce domaine est en train de gagner en clarté. La Food and Drug Administration (FDA), l’autorité sanitaire américaine, a déclaré qu’elle prévoyait d’approuver la mise sur le marché de dix à vingt de ces nouvelles thérapies par an à l’horizon 2025. 

Certains traitements sont en passe d’être commercialisés. Quatre produits ont été lancés sur le marché américain pour un chiffre d’affaires cumulé annualisé supérieur à un milliard de dollars. Selon les estimations de la Recherche d’UBS, l’opportunité de marché initiale, basée sur les traitements approuvés et ceux qui se trouvent actuellement au dernier stade de développement, dépasse les 20 milliards de dollars. Toutefois cette somme ne représente que 2% du chiffre d’affaires des entreprises biopharmaceutiques à l’échelle mondiale. 

D’autres sociétés spécialisées dans les thérapies géniques devraient être rachetées. Les groupes pharmaceutiques et biotechnologiques prendront certainement de plus en plus au sérieux les thérapies géniques qui, en tant qu’innovations de rupture potentielles, constituent aussi bien de nouvelles opportunités que des menaces concurrentielles. 

Les tendances démographiques alimentent la demande de thérapies géniques. Au départ, ces thérapies étaient destinées à traiter, avec la modification du génome, des maladies héréditaires sans lien réel avec le vieillissement. Néanmoins, le vieillissement démographique, accentue le besoin en médicaments et en soins de santé en général. Des thérapies cellulaires et géniques sont en cours de développement contre de nombreuses maladies liées à l’âge (cancer, Parkinson, Alzheimer). Cependant, ces opportunités en sont encore à l’état de projets de développement très risqués.

Les thérapies géniques pourraient aider les responsables politiques à rationaliser les dépenses liées au système de santé. Elles se feront sans doute une place dans la prise en charge des maladies si elles s’avèrent moins coûteuses qu’un traitement médicamenteux chronique. Par ailleurs, celles capables de soigner des maladies chroniques à l’aide d’un seul traitement pourraient révolutionner les soins de santé et améliorer les résultats pour les patients tout en réduisant, voire en éliminant, une bonne partie des dépenses courantes liées à leur prise en charge. 

Si les essais cliniques et les lancements commerciaux s’avèrent conformes aux attentes, le thème d’investissement à long terme sur les thérapies géniques est susceptible de générer de substantielles plus-values.

Comme toujours en matière de développement de médicaments, toutes les entreprises ne réussiront pas et le risque spécifique reste élevé. Par conséquent, il est recommandé d’investir dans ce thème au moyen d’un portefeuille diversifié de sociétés.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

AGEFI

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