L’après-coronavirus: le pacte intergénérationnel menacé par la dette?

mercredi, 06.05.2020

James Mazeau*

James Mazeau

Beaucoup des Etats déjà très endettés à l’heure actuelle devront composer avec une dette encore plus exorbitante. Il faut dire qu’ils ont déployé, en un temps record, des plans de relance d’une ampleur colossale pour voler au secours de centaines de milliers de PME au bord de la faillite.

Comparé à d’autres pays, la Suisse tire bien son épingle du jeu avec son fameux frein à l’endettement. Grâce à cet instrument, elle peut aujourd’hui se targuer d’une dette publique inférieure à 40% du PIB. Mais les mesures de soutien budgétaire envisagées jusqu’à présent, environ 62 milliards de francs (soit 9% du PIB), devraient gonfler sa dette publique.

Le double jeu des taux d’intérêt

La Suisse bénéficie donc d’une situation de départ relativement favorable. En revanche, la dette des poids lourds de l’économie mondiale pourrait atteindre des niveaux inédits en raison des tensions induites par la crise du coronavirus sur leurs budgets publics.

En principe, toutes ces dettes publiques peuvent être remboursées tant que les taux d’intérêt que les Etats doivent acquitter restent proches de zéro. Les banques centrales ont donc intérêt à maintenir des taux d’intérêt très bas.

 

Sauf que cette situation qui avantage les débiteurs s’avère désastreuse pour les créanciers, et donc pour tous ceux obligés d’investir dans des obligations d’Etat. Qui détient une obligation d’Etat à dix ans assortie d’une rémunération nulle sera tout bonnement privé d’une bonne partie de ses avoirs dès lors qu’il y a ne serait-ce qu’un peu d’inflation.

Un fardeau qui s’alourdit

Mais ce n’est pas la seule ombre au tableau. Jusqu’à présent, seule la dette publique explicite était prise en compte dans les évaluations. Soit les dettes qu’un Etat a effectivement contractées sur le marché des capitaux en émettant des obligations souveraines.

Or, il faut y ajouter la dette publique implicite, autrement dit les promesses de prestations, notamment des systèmes de prévoyance vieillesse, de santé et de soins. Systèmes pour lesquelles aucun financement n’est garanti et dont le versement représente un endettement supplémentaire de l’Etat sur le marché des capitaux s’il veut éviter une augmentation significative des impôts ou des taxes.

Une génération sacrifiée

En Suisse, la lacune de financement est supérieure à 130% du PIB rien que pour l’AVS. La crise actuelle fera donc porter un fardeau nettement plus lourd aux générations futures, celui d’un endettement appelé à croître encore. Et vu les niveaux colossaux de dettes implicites qui émergeront à un moment donné, la latitude budgétaire de nombreux gouvernements sera à l’avenir encore réduite.

De même, peu de jeunes, en particulier en Suisse, savent qu’aujourd’hui, leur génération est déjà privée chaque année d’environ 7 milliards de francs du capital de prévoyance qui devraient lui revenir de plein droit dans le cadre de la prévoyance professionnelle obligatoire. La raison: parce que les rentes ont été surestimées pendant des décennies afin de financer les retraites des générations plus âgées.

Face à cette évolution, il y a un réel risque que le pacte scellé entre générations d’actifs et générations de retraités vacille plus rapidement que prévu. Ce pacte repose notamment sur l’intouchabilité des rentes promises ou sur une compensation des classes d’âge proches de la retraite particulièrement impactées par des réformes.

Afin d’éviter les tensions sociales et intergénérationnelles, il est donc plus urgent que jamais de procéder à des réformes efficaces du système de prévoyance, à plus forte raison dès que la crise du coronavirus sera passée.

* Economiste, Chief Investment Office UBS Global Wealth Management





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki




...