L’alliance des Google, Facebook et Amazon et des populismes

vendredi, 19.10.2018

Christophe Clavé*

On écrit beaucoup de choses sur les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), la façon dont avec notre consentement plus ou moins éclairé ils collectent et revendent des informations sur notre vie, leur insolent monopole, pourtant contraire aux lois qui s’appliquent à tous sauf à eux, leur poids financier colossal qui est devenu illimité, leurs montages fiscaux légaux et extravagants. Scott Galloway professeur à NYU et auteur partage une analyse incroyable dans son livre «the four» de ces nouveaux maîtres du monde.

Un sujet qui m’a marqué et développé dans ce livre est l’influence particulièrement de Google, Facebook et Amazon (GF&A) sur la montée des populismes et des extrémistes dans le monde.

1. Comment la presse écrite a vendu son âme (et son avenir) à Google et Facebook? Les chiffres sont faciles à trouver. Il suffit de rechercher la destination des budgets publicitaires selon le type de média, ou les études montrant qu’une majorité de personnes trouvent leurs informations sur les réseaux sociaux bien plus que dans les médias traditionnels, GF&A sont devenus la première source d’information de milliards (et oui!) d’individus dans le monde. La presse traditionnelle pour survivre leur a vendu son âme. Le New-York Times «donne» à F&G ses contenus contre un peu de revenu publicitaire, et se met face à eux en situation de dépendance. Jeff Bezos a acheté le Washington Post. Les grands médias dont la fierté était la liberté et l’indépendance deviennent de simples fournisseurs de contenu interchangeables.

2. Les Google et Facebook (G&F) ne veulent pas endosser la responsabilité de médias, ce qu’ils sont pourtant devenus. Ni Google ni Facebook ne veulent être considérés comme des médias, mais comme des «plates formes». Deux raisons à cela. Tout d’abord les médias traditionnels ont de piteuses valorisations boursières, des centaines, voire des milliers de fois inférieures à celles des GAFA. Mais aussi, leur raison d’être est faites d’éthique journalistique, de professionnalisme, de vérification de l’information, de ligne éditoriale équilibrée. Tout ceci était jusqu’alors le coût à payer pour informer et influencer l’opinion publique. Un journal, un magazine, une chaîne de TV ou de radio ne peut pas (normalement) dire n’importe quoi. G&F ne veulent pas de ces contraintes. D’abord parce qu’elles coûtent cher. Ensuite parce leur objectif n’est pas d’informer mais de générer des clics. Plus les prises de positions sont émotionnelles, simplistes, agressives, plus elles génèrent de clics.

3. Pour les GAFA la modération est inintéressante. Lorsqu’un utilisateur de F&G a un profil modéré, dans n’importe quel domaine (politique, idéologique, religieux, consommation, etc.) il est difficile à cerner par les algorithmes. Il faut approfondir les recherches et les analyses auprès de ses proches, sa famille, ses amis, ses déplacements, etc..., tout en conservant une importante marge d’erreur. Son profil coute plus cher à établir et vaut moins cher à la revente. De plus les publications et attitudes modérées, construites et rationnelles ne génèrent que peu de clics. Et pour F&G un clic c’est de l’argent. Les GF&A ne justifient leur valorisation astronomique que par le nombre de clics et de dollars que ceux-ci génèrent. Cette chasse aux clics appelle des profils marqués, segmentant, voire provoquant. Les raisonnements simplistes, l’appel aux émotions génèrent bien plus de clics que les expressions de modération. C’est ainsi qu’on peut affirmer que les GF&A contribuent à la montée des populismes.

Nous abandonnons tous notre liberté individuelle et une part croissante de notre libre arbitre aux GAFA. Sommes-nous certains d’en mesurer le coût?

*Président EGMA SA





 
 
 

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