La voie bilatérale, à suivre plus que jamais

jeudi, 09.01.2020

Claudine Amstein*

Claudine Amstein

L’initiative populaire «pour une immigration modérée» semble mal partie selon un récent sondage. A quatre mois de la votation, les jeux ne sont toutefois pas faits. Sensibiliser l’opinion publique sur la nocivité de ce texte pour l’économie reste indispensable.

L’initiative «de limitation», qui vise à abolir la libre circulation des personnes avec l’Union européenne (UE), semble mal partie. Soumis à votation le 17 mai prochain, cet objet serait rejeté par 58% des Suisses selon une récente enquête d’opinion de l’éditeur Tamedia. Seuls 35% d’entre eux l’approuveraient. Ce premier coup de sonde est de bon augure, même si l’on n’oublie pas que la funeste initiative de 2014 contre l’immigration de masse était mal partie dans les sondages avant de triompher dans les urnes, à la stupéfaction quasi générale. De l’eau claire a toutefois coulé sous les ponts depuis lors: en automne dernier, peuple et cantons ont rejeté l’initiative pour l’autodétermination, tout aussi néfaste, faisant preuve en la circonstance d’une clairvoyance réjouissante.

Les jeux ne sont cependant pas encore faits, car il reste encore quatre mois jusqu’au scrutin. Et qui sait ce que l’actualité peut nous réserver d’ici là, surtout à un moment où les tensions internationales et les guerres commerciales fragilisent l’économie mondiale. Il convient donc de continuer à expliquer combien la libre circulation des personnes, négociée patiemment par notre pays avec Bruxelles après le rejet de l’Espace économique européen, en 1992, avait contribué à notre prospérité. L’Union européenne est de loin notre premier partenaire commercial. En 2018, le volume des échanges de marchandises entre la Suisse et l’UE représentait plus de 60% du total des exportations et des importations.

Une Suisse compétitive et ouverte, cela représente quantité d’emplois pour la population. Notre pays ne peut pas se permettre d’être une île au milieu de l’Europe en prônant fermeture et protectionnisme. La conjoncture favorable que nous connaissons depuis de nombreuses années est, dans une large mesure, liée aux accords conclus avec Bruxelles. Abandonner la voie bilatérale porterait un coup très dur à notre économie. Pour mémoire, un rapport fédéral révélait en 2017 que l’adoption de l’initiative «contre l’immigration de masse», en 2014, avait coûté 1,4 milliard à la recherche suisse! Entre 2014 à 2016, notre pays n’avait eu, de fait, que partiellement accès au 8e programme-cadre européen de recherche, intitulé Horizon 2020. Ce jeu dangereux n’en vaut manifestement pas la chandelle. 

Dans ce contexte, rejeter l’initiative «pour une immigration modérée» ce printemps relève de la nécessité absolue. Dans la foulée, nos diplomates pourront consacrer une bonne partie de leur énergie à la finalisation de l’accord-cadre que l’Union européenne attend depuis… 2008. Ce traité permettra de stabiliser et de pérenniser les accords sectoriels. Les entreprises ont besoin de bilatérales solides, mais aussi d’améliorer les conditions de leur accès au marché européen. Notre développement économique en dépend largement.

Dans le domaine bilatéral, le pragmatisme doit l’emporter. Privilégier les rapports de bon voisinage avec un partenaire incontournable est judicieux. Le travail d’explication de ces enjeux doit se poursuivre, ce à quoi la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie s’attelle sans relâche. Régulariser nos relations avec l’UE commence par un non clair à l’initiative «pour une immigration modérée» le 17 mai prochain.

* Directrice, Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie





 
 
 

AGEFI

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