La technique médicale au front contre le coronavirus, grâce aussi à la libre circulation des personnes

dimanche, 03.05.2020

Carmelo Laganà*

Carmelo Laganà

La technologie médicale joue un rôle déterminant pour lutter contre l’épidémie actuelle. Les patients touchés par le Covid-19 doivent, si leur état de santé se dégrade de manière dramatique, souvent être mis sous assistance respiratoire en soins. Les équipements nécessaires sont devenus, aujourd’hui, des biens très demandés: non seulement en Suisse, mais aussi partout dans le monde.

Le Conseil fédéral a ainsi commandé 900 appareils supplémentaires à la société Hamilton Medical, basée à Bondaduz dans les Grisons. Les 50 premières unités ont par exemple pu être affrétées par hélicoptère en toute urgence au Tessin. La filiale du groupe américain Hamilton Company – un des leaders mondiaux sur le marché de niche des appareils respiratoires – a ainsi décidé de doubler sa production le mois dernier. Si la technologie médicale tient une place fondamentale dans la crise sanitaire actuelle, en matière de diagnostic médical, les processus biotechnologiques sont tout aussi cruciaux, afin de garantir un contrôle efficace de l’épidémie. Plus les tests effectués sont nombreux et fiables, plus les chances de contenir la propagation du virus sont grandes. Ainsi, le groupe pharmaceutique bâlois Roche est devenu, à la mi-mars, l’un des premiers au monde à obtenir l’approbation des États-Unis pour un test entièrement automatisé concernant le coronavirus. Grâce à l’équipement de diagnostic- désormais largement utilisé à travers le monde, il est possible de tester jusqu’à 4000 échantillons en seulement 24 heures. Cette nouvelle procédure a ainsi permis de multiplier par 10 (environ) les capacités par rapport aux méthodes manuelles précédentes. Cette accélération des processus a, de fait, conduit à une réduction massive de la charge de travail des systèmes de santé et du personnel médical. Roche dispose aujourd’hui de 40.000 appareils d’analyse Cobas utilisés en Suisse et ailleurs. Les biotechnologistes de Roche travaillent désormais 24 heures sur 24 pour fournir à la communauté internationale le plus grand nombre possible de machines et de tests analytiques supplémentaires; et à partir du mois de mai, des tests d’anticorps seront également disponibles.

Ces deux exemples démontrent le rôle fondamental de l’industrie suisse des technologies médicales non seulement pas beau temps, mais aussi lorsque l’orage gronde comme aujourd’hui. Et dans ce contexte, la présence sur notre territoire d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et dotée de compétences en ingénierie n’est pas seulement une chance, mais aussi une question de survie. Or, la pénurie de travailleurs qualifiés dans le domaine de l’ingénierie demeure toujours une triste réalité helvétique. Selon un rapport publié en 2016 par le Secrétariat d’État à l’économie (seco) sur la pénurie de travailleurs qualifiés en Suisse, la pénurie est encore plus grave dans les professions d’ingénieur, avant même celle concernant les cadres, les spécialistes en informatique et les professionnels de la santé. Une enquête réalisée la même année auprès d’ingénieurs suisses a révélé que près de 90% des entreprises ont par ailleurs toutes les peines du monde à repourvoir les postes vacants. L’une des principales raisons de cette pénurie aiguë est que trop peu d’ingénieurs sont formés dans notre pays. En outre, le progrès technique et l’évolution démographique font inéluctablement augmenter la demande: selon une étude de l’Université de Bâle, à long terme, jusqu’à 50.000 ingénieurs devraient manquer en Suisse. Or, grâce à l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE (Accords bilatéraux I), cette pénurie a jusqu’à présent pu être atténuée, du moins en partie, par l’arrivée de travailleurs qualifiés européens. Alors oui, la Suisse doit former davantage d’ingénieurs chez elle et des mesures politiques en la matière s’imposent, mais lorsque nous voterons le 27 septembre prochain sur l’initiative de résiliation des accords bilatéraux, il sera important de ne pas oublier l’apport indéniable de la libre circulation des personnes à la faculté de la Suisse de se placer parmi les pays les plus innovants au monde.

* Suppléant romand, Economiesuisse





 
 
 

AGEFI

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