La Suisse doit rester ouverte sur l’Europe et sur le monde

dimanche, 28.06.2020

Claudine Amstein*

Claudine Amstein

L’économie vaudoise garde le moral. Selon une enquête, près de 40% des PME se disent optimistes quant aux perspectives de reprise après la pandémie. Ce message encourageant plaide pour la pérennisation de la voie bilatérale avec Bruxelles.

Le sondage réalisé par la BCV entre le 15 et le 29 mai sur les perspectives de reprise d’après-Covid vient éclaircir quelque peu l’horizon économique. Cette enquête révèle que près de quatre PME vaudoises sur dix sont optimistes ou très optimistes à l’heure du redémarrage. Dans le même temps, celles qui se disent pessimistes et très pessimistes sont deux fois moins nombreuses. Si 48% des PME anticipent toutefois une baisse de leurs ventes sur l’année, elles sont en revanche 41% à envisager une stabilité de leur chiffre d’affaires et même 11% à attendre une progression dans l’année à venir. L’estimation varie évidemment d’un secteur à l’autre. Le message envoyé n’en demeure pas moins encourageant.

Cette lueur d’espoir dans un ciel teinté d’incertitudes est bienvenue à trois mois de la votation capitale sur l’initiative dite de «limitation», qui demande la suppression de la libre circulation avec les pays de l’Union européenne. L’acceptation de ce texte résilierait les sept accords bilatéraux en vigueur depuis 2002, et menacerait celui de Schengen, qui nous permet de voyager sans barrières sur tout le continent européen. Dire oui au repli porterait un coup terrible à notre économie et signifierait la fin des bilatérales au premier trimestre 2022 déjà. Un délai aussi court ne permettrait pas de trouver une solution satisfaisante avec les 27 États membres. Le développement du commerce avec d’autres pays dans le monde est certes nécessaire, mais cela ne constitue en rien une alternative à cette voie bilatérale. Plus de la moitié de nos exportations sont destinées à l’Europe. Des dizaines de milliers d’emplois dépendent donc du maintien de relations stables avec nos voisins, a fortiori en cette période incertaine. Le maintien des accords existants donnerait en outre la visibilité indispensable aux entreprises pour aller de l’avant.

Il faut par ailleurs rappeler que la Suisse est l’un des leaders mondiaux dans les domaines de la formation, de la recherche et de l’innovation. Une telle créativité est inconcevable en vase clos: là aussi, l’ouverture et la coopération sont indispensables, et les programmes de recherche européens jouent un rôle primordial à cet égard. Ils permettent de diriger des projets très importants qui incluent de nombreuses PME. L’initiative dite de «limitation» nous ferait ainsi perdre l’accord sur la recherche et, du même coup, l’accès à ces programmes dotés de plusieurs milliards d’euros.

N’ajoutons pas une crise institutionnelle à la crise sanitaire et économique que nous venons de traverser, d’autant plus que l’instabilité règne depuis plusieurs années au plan géopolitique. Un peu partout, le protectionnisme refait surface, en particulier chez les grandes puissances économiques. Avec leurs vastes marchés intérieurs, elles dépendent moins des autres nations que notre pays, qui gagne deux francs sur cinq grâce aux exportations. Rompre avec notre premier partenaire commercial serait irresponsable au moment où les droits de douane et les barrières commerciales se multiplient.

Le large front qui soutient ces accords, composé du Conseil fédéral, de la quasi-totalité des partis, des associations économiques et des organisations syndicales, l’a bien compris: la Suisse a beaucoup à gagner en pérennisant le partenariat qu’elle entretient avec l’UE depuis près de vingt ans. Tous se battent pour une juste cause: l’emploi.

Rejeter cette initiative, c’est perpétuer une Suisse ouverte sur l’Europe et sur le monde. 

* Directrice, Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie





 
 
 

AGEFI

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