La sobriété énergétique est la vraie clé de la transition!

lundi, 20.07.2020

René Longet*

René Longet

Une année avant les élections fédérales 2019, le Conseil national rejetait par les voix de la gauche et de l’UDC une loi sur le CO2 que le centre-droit avait pratiquement vidée de tout engagement concret. Puis le PLR ayant amorcé un virage écologique, les verts et verts libéraux doublé leur représentation parlementaire en octobre 2019, les cartes ont été rebrassées. 

Dans cette nouvelle constellation politique, la loi sur le CO2 a retrouvé des couleurs: mesures concernant le bâtiment, renforcement de la taxe sur les combustibles et fonds climat, taxe sur les billets d’avion. La législation d’application de l’Accord de Paris ratifié par notre pays en 2017 commence à devenir réalité. 

Comme on le sait, cet Accord demande (art. 2, lettre a) que «l’élévation de la température moyenne de la planète» reste «nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels» et de poursuivre «l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C». Il demande également de rendre «les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre» (art. 2, lettre c).

Si le premier objectif appelle des efforts nettement plus substantiels que ceux inclus dans la loi même améliorée, le second est largement absent. Le Conseil national a refusé toute obligation faite au secteur financier de «verdir»  ses stratégies d’investissement. 

Pourtant la finance verte est en plein essor et il est grand temps d’organiser ce secteur indispensable à la transition, tant les approches et méthodologies sont multiples et non coordonnées. Une définition claire de la finance durable, des critères à prendre en compte et des procédures d’évaluation est indispensable. 

Une autre lacune à combler est la coordination entre la législation sur le CO2 et celle organisant la transition énergétique. Voici un peu plus de trois ans, le peuple suisse acceptait la révision totale de la loi sur l’énergie adoptée par le parlement en septembre 2016 et contestée par un référendum. A ce sujet, le Conseil fédéral a engagé en avril 2020 une procédure de consultation en vue de sa révision.

Il s’agit de donner force obligatoire aux valeurs indicatives contenues dans la loi, comme la réduction de la consommation de 43% d’ici 2035 et les augmentations importantes des parts des énergies renouvelables dans le bilan énergétique; le Conseil fédéral souhaite aussi pérenniser les mesures de soutien qui leur sont destinées. Simultanément, il propose une nouvelle fois la généralisation à tous les consommateurs du libre choix du fournisseur d’électricité, sachant toutefois que le tarif de base (appliqué par défaut) doit offrir une électricité produite en Suisse et 100% renouvelable. On ne comprend pas pourquoi la loi tolérerait des offres de moindre qualité; la compétition doit s’exercer pour faire mieux et non pas moins bien.

Et la pierre de voûte de tout l’édifice manque: la meilleure énergie est celle dont on parvient à se passer et à ce titre la loi devrait obliger les gestionnaires de réseaux de distribution à développer des modèles d’affaire incitant les consommateurs à moins consommer. A Genève, SIG a fait œuvre de pionnier avec Eco 21, qui, en plus de dix ans, a créé plus de 550 emplois et permis d’économiser l’équivalent de la consommation de près de 70.000 ménages. La sobriété énergétique est la vraie clé de la transition!

* Expert en développement durable





 
 
 

AGEFI

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