La résilience (1): un atout suisse?

lundi, 18.05.2020

Xavier Comtesse et Philippe Grize*

Xavier Comtesse et Philippe Grize

En économie, on parle de résilience pour désigner la capacité de résistance d’un pays, d’une région ou des entreprises aux chocs ou crises de toutes sortes. Crises monétaires (forte variation des taux de change, subprime); crises naturelles (tremblement de terre, tsunami); crises sanitaires (pandémie); crises militaires (guerre, terrorisme) ou encore de pollution (particules fines, nucléaire) ou climatique (canicule, ouragan).

La résilience est une notion encore peu présente au sein des entreprises et pourtant tellement importante à comprendre. Essayons d’y voir un peu plus clair.

D’abord, un petit retour dans l’histoire. Arpanet (1969), l’ancêtre d’Internet (1983), avait été semble-t-il conçu comme un réseau de transmission de données pouvant résister à une attaque nucléaire. Il était donc résilient de ce point de vue. En fait il a été conçu comme un réseau redondant. C’est l’ensemble du réseau qui résiste et non un nœud en particulier. Si un centre de transmission fait défaut alors un nouveau parcours – pour la circulation des données – se met immédiatement en place. 

Ce principe de résilience basé sur la redondance se retrouve dans toutes sortes de dispositifs techniques à très hauts risques comme par exemple, les systèmes d’approvisionnement électrique avec des générateurs de secours qui s’enclenchent automatiquement lors de panne sectorielle. D’autres exemples sont tout aussi parlant comme le doublement des commandes dans les avions ou encore dans le matériel embarqué sur les satellites.

Et la construction en urgence d’hôpitaux à Wuhan ou en version temporaire à Mulhouse laisse penser que l’agilité d’une redondance a manqué à la plupart des systèmes nationaux de santé face à la crise sanitaire liée à la pandémie du coronavirus.

La résilience prend d’autres formes que la redondance. Depuis les années 70, à vrai dire depuis le 15 août 1971 et la fin des accords de Bretton Wood qui normalisait les taux de change entre monnaies nationales et créait un certain équilibre pour les échanges commerciaux, le dollar n’a cessé de se dévaloriser par rapport au franc suisse créant une pression énorme pour les entreprises exportatrices suisses. On est passé d’un taux de 4,33 dollars pour 1 francs en 1970, à 0,97 en 2020 soit une variation de plus de 440%. Cette variation a été supportée par les entreprises suisses qui ont dû faire appel à beaucoup de résilience pour supporter ces chocs à répétition causés par les variations de change (dont le dernier majeur le 15 janvier 2015 avec la fin du taux plancher). C’est en augmentant considérablement leur efficacité opérationnelle, leur productivité et leur capacité d’innovation que les entreprises suisses ont su maintenir leur compétitivité internationale.

Un nouveau facteur clé

Dans la crise pandémique du coronavirus que nous venons de vivre un facteur clé de résilience a été l’usage du numérique et donc d’Internet, du téléphone mobile et de l’Intelligence artificielle. Télé-travail, télé-enseignement, télé-achat, télé-médecine, etc. ont été essentiels dans l’absorption du choc d’un «confinement» généralisé.

La résilience a pris une forme de redondance numérique des principes de travail qui va s’installer pour longtemps. Tous ceux qui n’avaient pas entamé leur transition numérique avant la crise se sont retrouvés en grande difficulté.

Le numérique n’est certainement pas la seule forme de la résilience des entreprises suisses… mais elle est nouvelle et c’est important d‘en avoir conscience car les entreprises suisses ont beaucoup investi dans le domaine IT... et cela a fini par payer!

* ManufactureThinking





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...