La pression sur la Banque nationale suisse s’accroît

mardi, 13.08.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Les dernières évolutions dans le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine ont mis à rude épreuve les marchés financiers et ont déclenché une fuite des investisseurs vers des refuges sûrs. Sur le plan monétaire, cela s’est traduit par une nouvelle pression à la hausse sur le franc suisse. De plus, les intérêts ont atteint de nouveaux planchers dans diverses grandes monnaies.

Après la première baisse des taux de la Réserve fédérale américaine, intervenue fin juillet, la Banque centrale européenne (BCE) semble à son tour vouloir abaisser encore son taux de dépôt pour les banques, qui est déjà négatif. D’autres instituts d’émission ont déjà abaissé leurs taux directeurs. Le président américain Donald Trump accuse divers pays de vouloir maintenir leur monnaie artificiellement basse face au dollar et a même récemment accusé la Chine de manipuler sa monnaie.

La BNS sous pression

Tout cela n’augure rien de bon pour la Banque nationale suisse (BNS). Dans les prochaines semaines, elle sera certainement soumise à une pression croissante pour mener elle aussi une politique plus agressive face à la menace d’un franc fort.

Depuis fin juillet déjà, la BNS semble à nouveau intervenir régulièrement pour influer sur le taux de change EURCHF, tombé en dessous du seuil de 1,10. En effet, les dépôts à vue des banques auprès de la BNS (un bon indicateur des interventions monétaires de la BNS, publié chaque semaine) ont augmenté de près de 2 milliards de francs durant la dernière semaine du mois de juillet comme durant la première semaine d’août. La BNS va d’abord tenter d’affaiblir le franc avec des interventions sporadiques. Mais si la BCE abaisse son taux directeur en septembre, comme on le pense généralement, la situation pourrait devenir difficile pour la BNS. Surtout si la BCE indique que d’autres baisses de taux pourraient suivre et qu’elle est même prête à lancer en décembre un nouveau programme d’achat d’obligations.

Probable baisse des taux de la BCE et de la BNS

Ce scénario n’a rien d’irréaliste. En Allemagne en particulier, l’industrie manufacturière semble presque en chute libre en raison des problèmes que connaît l’industrie automobile. Si le moteur économique de la locomotive allemande est en panne, les voyants d’alerte vont s’allumer à la Banque centrale européenne et les appels à un assouplissement monétaire vont se faire plus pressants.

Compte tenu de l’évolution attendue de la politique monétaire en Europe, on peut penser que la Banque nationale suisse abaissera en septembre son taux directeur de -0,75% à -1,0% en réaction à une première baisse des taux de la BCE et à la tendance à une appréciation du franc suisse.

Pour les investisseurs, c’est tout sauf une bonne nouvelle. Car ils devront s’habituer, encore plus longtemps qu’ils ne le voudraient, à ce que les placements sûrs à rémunération fixe ne rapportent plus rien et génèrent même – après déduction de l’inflation, des frais et des impôts – des rendements négatifs, grignotant ainsi le capital.

Les épargnants doivent donc chercher des alternatives et sont aujourd’hui obligés d’investir dans des placements plus risqués en veillant à une bonne diversification. Le rendement sur dividendes des actions suisses est actuellement de 3% environ. Si l’on se concentre sur les entreprises versant des dividendes durables ou si l’on a recours à des options d’achat, ce rendement peut être encore plus élevé.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, CIO GWM UBS





 
 
 

AGEFI

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