La grande transition de l’humanité: les quatre facteurs déterminants

dimanche, 16.12.2018

Christophe Clavé *

S’il existe un consensus largement partagé parmi les chercheurs et les penseurs de notre temps, c’est celui qui définit notre époque comme une période entre deux mondes, comme une transition. Il se publie chaque semaine des livres passionnants à ce sujet. Le triptyque de Yuval Noah Harari en est une brillante illustration. Un ouvrage collectif intitulé «La grande transition de l’humanité, de Sapiens à Deus» et dirigé par Christine Afriat et Jacques Theys offre à tous ceux qui veulent mieux comprendre notre temps une entrée savante et accessible à ce sujet. C’est une contribution précieuse.

Les analyses divergent quant à la nature de cette «grande transition». Pour certains, les technologies de l’information, l’intelligence artificielle, la globalisation et ses conséquences écologiques ont produit un basculement semblable à celui qui nous fit sortir du néolithique il y a 5'000 ans. Pour d’autres ce basculement n’est pas annonciateur d’un futur déterminé, et la période de transition dans laquelle nous vivons nous confronte à un avenir qui reste à écrire. Tous s’accordent à souligner 4 grands facteurs déterminants de notre époque.

Cette transition se déroule à l’échelle des siècles, elle n’est pas apparue du jour au lendemain et ne date pas d’hier. Le XXème siècle en a ouvert la voie, avec ses innombrables innovations, médicales, scientifiques, techniques, et ses conflits, dont la deuxième guerre mondiale fut sans doute le gouffre de la conscience humaine.

La dimension systémique de cette transition la rend également particulière dans l’histoire. Elle touche toutes les activités humaines, impacte la nature, la biodiversité, et toutes les constructions sociales. Les nanosciences, la biotechnologie, l’intelligence artificielle sont à l’œuvre pour créer une humanité «augmentée», en tous cas différente. Toutes les transformations en cours sont liées entre elles, rien ne bouge sans que tout ne bouge.

L’accélération exponentielle de l’innovation et des transformations qu’elle implique la différencie des innovations du passé dont bon nombre s’inscrivaient dans un schéma évolutif. Notre monde est celui de l’auto-innovation, des innovations qui en engendrent d’autres, sans que ce processus ne soit ni piloté ni contrôlé. Ceci lui confère un caractère radical, non maîtrisé et donc imprévisible, qui s’il ouvre d’immenses opportunités ne va pas sans son lot d’angoisses et d’inconnu.

Les changements en œuvre se passent ici et maintenant. Néanmoins personne n’en mesure les conséquences, nulle autorité morale ou éthique ne les supervise, nul pouvoir politique ou économique n’en fixe les limites. Si on doit appeler de nos vœux qu’une telle supervision se mette en place, une sorte des Nations Unies de la science et de l’humanisme, il est peu probable que cette révolution sans tête ni cœur ne soit ni contrôlée ni dirigée. Nous jouons en ce moment l’avenir de l’humanité aux dés.

Quelle réponse apporter à cet immense chamboulement? Face à l’insondable complexité des changements à l’œuvre, la tentation est grande d’ignorer ce qui se passe en regardant ailleurs, abrutis de réseaux sociaux, de fake news et d’émotions construites. Tout en étant conscients de notre incapacité à en comprendre les rouages, nous pouvons nous informer, nous former, penser le changement en cours, l’éclairer d’éthique et d’humanisme.

* Président EGMA





 
 
 

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