La gestion du savoir en entreprise

lundi, 01.04.2019

Christophe Clavé

Christophe Clavé *

C’est un des grands paradoxes de notre temps. Alors que certains pays comme la France semblent encalminés dans un chômage de masse, que d’autres à l’instar de la Suisse ou des Etats-Unis profitent du plein emploi, tous cependant affirment enquêtes après enquêtes avoir de plus en plus de mal à recruter.

Les études montrent que les besoins et les marchés diffèrent grandement. En France et aux Etats-Unis, de nombreux emplois sont à pourvoir dans des métiers artisanaux, professionnels et manuels (ouvriers qualifiés, chauffeurs, agents de production, machinistes). Dans tous les pays les ingénieurs, les programmeurs, les experts en informatique sont très recherchés et une majorité d’entreprise affirme rencontrer de grandes difficultés à les recruter. Les entreprises apportent leurs réponses à ces difficultés: le knowledge management, alias la gestion du savoir et des compétences. Selon une recherche publiée par la Sloan School of Management au MIT (Peter Senge) la gestion du savoir et des compétences est l’un des domaines dans lesquels les entreprises ont le plus augmenté leurs dépenses ces 15 dernières années. Il n’est qu’à taper «talent manager» ou «talent acquisition manager» sur internet, et vous verrez le nombre d’offres d’emploi qui sont proposées.

Ce que nous disent ces études et ces résultats c’est que les entreprises ont compris que le savoir est au centre de leur performance. Sans compétences, pas de solutions aux problèmes des clients, pas d’innovation pour leur apporter de la valeur et se différencier des concurrents. Sans talents, pas d’équipes motivées ni de collaboration pour inventer, créer, exister. De là à dire que le savoir et les compétences sont perçues comme le meilleur actif de l’entreprise, il n’y a qu’un pas. Le knowledge management est défini comme la production et l’usage du savoir, la gestion du capital intellectuel de l’entreprise. Peter Drucker précise qu’il s’agit de la coordination et l’exploitation des savoirs de l’organisation, dans le but de créer des bénéfices et des avantages concurrentiels. Comme à chaque fois qu’une tendance traverse les entreprises, se développent des logiciels et des vendeurs de solutions. A l’apparition des nouvelles approches de la gestion de la relation client (Customer Relationship Management) dans les années 1990, les entreprises se sont empressées «d’acheter un CRM». C’est-à-dire d’acheter un logiciel de gestion de la relation client.

Au lieu de repenser en profondeur la nature de leurs relations avec leurs clients, de se concentrer sur l’écoute et la compréhension de leurs besoins, les dirigeants de l’époque (dont j’étais) pensaient avoir fait leur travail en achetant un logiciel. Il serait intéressant de ne pas refaire les mêmes erreurs, de ne pas confondre outils et objectifs. La littérature scientifique montre que la gestion et le développement des savoirs et des compétences est plus matière de culture que de technologie.

Si la technologie peut bien sûr soutenir le knowledge management, c’est l’organisation, la motivation des dirigeants, l’implication des salariés, les procédures, les règles, les rôles dans l’entreprise, et surtout la sollicitation de l’intelligence collective à travers le travail en groupe qui déterminent la capacité à gérer et exploiter le savoir. Beaucoup d’auteurs ajoutent que face à la montée de l’intelligence artificielle, le travail en groupe, la recherche de l’intelligence collective, la construction du savoir, sont les voies à explorer. C’est un beau défi.

* Professeur de stratégie & management INSEEC SBE





 
 
 

...