La digitalisation démy(s)tifiée: épisode VI

lundi, 03.06.2019

Patrick Joset*

Patrick Joset

Avez-vous entendu parler du paradoxe de Solow? En 1987, Robert Solow, prix Nobel, affirme: «On voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité.» Enoncée il y a trente ans, cette contradiction est aujourd’hui souvent prise à témoin par les nombreux conférenciers qui discourent sur la transformation numérique. Et qui citent le paradoxe de Solow, à savoir que, contrairement aux attentes, l’informatisation de l’économie ne se traduisait pas par une augmentation de la productivité. Et que le progrès apporté par les nouvelles technologies de l’information et de la communication n’aurait pas autant d’impact sur l’économie que les révolutions industrielles précédentes.

Trente ans plus tard, Solow avait-il raison? Cette question fait régulièrement l’objet de controverses passionnées. Et des personnes plus compétentes que moi sauront y apporter l’une ou l’autre réponses… Simplement, en filigrane du fameux paradoxe, je souhaitais faire part de quelques réflexions.

Le potentiel des technologies numériques est bien souvent sous-exploité. Il en découle un système d’information qui répond mal aux préoccupations des organisations, à la demande de leurs clients, aux besoins fondamentaux de leurs employés. L’exemple des logiciels bureautiques, dont nous faisons tous un usage quasi quotidien, est à ce titre emblématique. Quel pourcentage de notre traitement de texte et tableur favoris utilisons nous réellement? Et pour quelle durée effective? Une étude de SoftWatch basée sur 150.000 employés estimait que ces deux fonctions classiques de la suite Office représentait une utilisation moyenne de quinze minutes par jour. Soit un peu plus d’une semaine par année. Cela paraît bien peu en regard des investissements consentis. Un peu comme si nous achetions une grosse voiture à cinq places pour effectuer seuls nos déplacements pendulaires journaliers. Euh… Oui, vous avez raison, revenons à notre sujet.

L’intégration croissante des technologies numériques dans les organisations ne contribuerait donc pas significativement à leur performance. Pourquoi? Les utilisateurs ont besoin d’une période d’apprentissage pour maîtriser ces nouveaux outils. Et ils n’acquièrent que lentement les connaissances nécessaires. On a aussi tendance à répliquer et optimiser les anciens processus alors que la transition numérique oblige à repenser plus profondément les organisations. Enfin, il ne faut pas oublier la résistance de l’individu face à la crainte de se voir marginalisé.

L’intelligence artificielle est un autre exemple significatif de nos erreurs d’appréciation. Il n’y a aucun doute que l’IA rejoindra bientôt le Panthéon des technologies qui ont changé notre façon de vivre et de travailler. Et dont on pense qu’elle va drastiquement faire bondir notre productivité. Mais pour le moment, l’IA est surtout une technologie complémentaire et il faudrait moins parler d’intelligence artificielle que d’intelligence (humaine) augmentée par le numérique.

Dans le contexte de la digitalisation, la véritable rupture – plutôt que révolution – viendra surtout et principalement de la capacité des organisations à se réinventer.

* Groupe ABISSA





 
 
 

AGEFI

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