La digitalisation démy(s)tifiée: épisode III

lundi, 18.03.2019

La digitalisation démy(s)tifiée: épisode III

Patrick Joset*

Patrick Joset

Dans l’épisode précédent du 1er mars dernier de cette chronique, l’apparition du phénomène appelé digitalisation est associée à celle d’internet, avec l’arrivée des systèmes de messagerie électronique. Mais aussi à la possibilité d’échanger des informations entre logiciels autonomes et distants. Ou encore à la capacité d’intelligence artificielle des calculateurs actuels. En contre-pied de la diatribe dominante, voici deux exemples qui pourfendent l’engouement médiatique actuel pour ce sujet.

Examinons d’abord l’une des tâches les plus répétitives, sinon rébarbatives d’une organisation: le courrier. Qu’elle soit papier ou électronique, la rédaction d’une lettre répond à des règles précises. Règles qui ont bien peu évolué et texte que nous continuons à saisir propria manu. En 30 ans, c’est-à-dire depuis la disparition des machines à écrire de nos bureaux, nous n’avons gagné ni en rapidité, ni en productivité. La possibilité de reprendre le contenu d’une ancienne missive ou d’un message est annihilée par la recherche fastidieuse de l’adresse email ou postale du nouveau destinataire. Les difficultés de publipostage, les problèmes d’impression, de recherche ou de classement ralentissent encore le processus. Nous tapons péniblement sur un clavier alors que nous pourrions dicter**. Les formules de politesse pourraient être générées automatiquement selon le type de courrier, sa teneur, le titre du destinataire… et nous continuons à chercher sur le net la meilleure nuance d’expression. Qui se sert de modèles de documents intégrés au CRM de l’entreprise? Ces possibilités existent mais nous les utilisons bien peu.

Deuxième cas de figure: la multiple saisie de nos informations personnelles, que ce soit dans un but privé ou professionnel. Pour acheter en ligne, remplir un formulaire, réserver une conférence, louer un hôtel… Combien de fois au cours de notre existence nous plions-nous au rituel du remplissage de champs avec notre nom et prénom, notre email, notre adresse, notre âge? Ça représente probablement un nombre à 5 chiffres. Pas de chance pour Mélissandre Charpentier qui habite l’Avenue des Frères Lumière à Saint-Quentin-en-Yvelines – j’ai vérifié l’adresse existe! Même si le remplissage automatique de notre browser nous assiste, c’est quand même un constat peu reluisant pour les chantres de la digitalisation.

Il y a bien quelques tentatives d’amélioration: hier, je me suis inscrit sur une application pour smartphone en prenant une photo de ma carte de crédit. Elle a automatiquement détecté mon numéro de carte, sa date d’expiration ainsi que mon nom. Mais on se heurte rapidement aux limites imposées par la sécurité de nos données personnelles. En Suisse, la simplification des démarches administratives est annoncée via le projet SwissID. Pourtant, un vent de scepticisme souffle face à ce projet d’identité numérique centrale: quelle est sa sécurité, sa transparence, et donc sa crédibilité? Les futurs opérateurs de la SwissID – dont certains sont privés – l’ignorent sans doute eux-mêmes.

* Groupe ABISSA

** A essayer: le complément
de dictée pour Microsoft Office disponible sur https://dictate
azurewebsites.net





 
 
 

AGEFI

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