La dégénérescence de notre mémoire numérique

lundi, 13.01.2020

Patrick Joset*

Patrick Joset

Le thème de cette chronique est inspiré d’un imprévu vécu lors des dernières fêtes de Noël. En ouvrant le tiroir d’une commode, ma filleule tombe sur un DVD. Ouahh, une des premières aventures de Harry Potter! Et là, pas moyen de mettre la main sur un lecteur idoine… Il y a bien la «vieille» console de jeux, mais où diable l’a-t-on rangée lors du déménagement? Ah oui, le iMac familial, encore doté d’un lecteur. Mais sa connectique est-elle compatible avec la télé? On a finalement regardé le film en streaming…

A l’orée de cette nouvelle décennie, en écho à cette anecdote, une question lancinante: sommes-nous en mesure de relire les archives numériques patiemment gravées et stockées il y a vingt ans? Les supports optiques (CD, DVD, Blu-Ray) vieillissent, s’usent et se dégradent. Selon le Laboratoire national de métrologie et d’essais français, leur durée de vie ne dépasse pas 15 à 20 ans. Le constat est inquiétant: ces supports finissent inéluctablement par ne plus être lisibles. On a même inventé une expression pour désigner cette dégénérescence de notre mémoire numérique: «the digital dark age». Elle désigne le phénomène de perte de nos données via le progrès et la rapidité d’évolution des technologies. Mais aussi par le changement des mécanismes d’accès aux fichiers numériques ou l’obsolescence des formats de données. Les mutations sont si rapides que les anciens formats sont incompatibles avec les nouveaux équipements, et vice versa. Les données ainsi archivées sont rendues inutilisables et inaccessibles aux générations futures.

Pour combattre cette obsolescence, avec son projet Silica, Microsoft vient de mettre au point un nouveau procédé de stockage. La firme a choisi d’utiliser un nouveau matériau et pris le pari de développer une technologie de gravure innovante. Elle a opté pour un support en verre de quartz. Premier succès: l’enregistrement d’un film complet sur une plaque de verre de 7,5 centimètres de côté et de quelques millimètres d’épaisseur. Ces plaques seraient extrêmement résistantes au temps. Les chercheurs les ont soumises à rude épreuve, en leur imposant des traitements physiques, thermique ou électriques extrêmes. Au final, aucune perte de données n’a été constatée. Ces plaques ne nécessitent aucune condition de stockage particulière et pourraient ainsi conserver nos données pendant des siècles.

Autre projet de sauvegarde millénaire, le projet lancé par Github, le leader du partage de code source. Selon cette entreprise, «le savoir de l’humanité est aujourd’hui stocké sur des supports éphémères». Elle a ainsi lancé un vaste projet de sauvegarde à très long terme. Il s’agit d’enregistrer des copies des logiciels open source les plus populaires sur des bobines de film. Celles-ci sont fabriquées dans un matériau souple qui a une durée de vie de minimum 500 ans. Ces bobines sont ensuite hébergées dans un entrepôt souterrain naturel quelque part en Norvège.

Rendez-vous donc en 2520 pour savoir si le projet a réussi…

* ABISSA





 
 
 

AGEFI

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