La culture du risque en Suisse

mercredi, 03.04.2019

Céline Renaud*

Céline Renaud

No risk, no success... and no fun! Cette maxime résume à elle seule une attitude assez commune en Suisse. Tout ce que nous voulons requiert du risque. Rencontrer de nouvelles personnes par exemple, se présenter à elles, s’ouvrir... cela nécessite de prendre un risque. Le risque d’être jugé, voire rejeté. Toutefois, sans cette prise de risque, une nouvelle relation ne peut pas s’instaurer, ni la joie qui y est associée.

C’est la même chose en entreprise. Il y a quinze ans, j’ai décidé de quitter un superbe emploi avec un salaire important, avant de savoir ce que j’allais faire. Les gens autour de moi ne comprenaient pas, me jugeaient et m’insufflaient leurs peurs. Cependant, tout au fond de moi, je savais que la bonne porte s’ouvrirait uniquement lorsque j’en aurais fermé la porte actuelle. Et quand j’ai annoncé que je m’associais à un luthier-guitarier pour créer une manufacture de guitares, j’ai aussitôt observé des sourires condescendants et senti la désapprobation avec un air supérieur. Là encore, tout au fond de moi, je sentais que tout irait bien... et que c’était ce que je voulais vivre. Prendre le risque de sortir de ma zone de confort pour partir en voyage, à la découverte et à l’aventure, voilà ce qui me motivait plus que tout.

Aujourd’hui, je sais que c’était exactement la chose à faire. Certes, cela n’a pas toujours été facile. Mais j’ai appris tant de choses et vécu intensément autant de moments inoubliables et je suis extrêmement reconnaissante d’avoir pu vivre tout cela. Au point que j’en ai d’ailleurs fait une philosophie de vie. Choisir à chaque fois la voie qui me réjouit, même si cela implique prendre beaucoup de risques … parce que je sais que c’est le seul chemin vers l’extraordinaire. 

Trop souvent, je suis tentée par faire «ce qu’il faut» ou ce que l’on attend de moi. Mais l’innovation ne se trouve pas sur ce chemin du confort. Mon associé luthier et inventeur me l’a si souvent prouvé. Avec ses idées qui nous semblaient au début improbables et farfelues, il nous secoue la pulpe et nous force à réfléchir différemment, à oser porter la différence. Peut-être que le chemin sera plus long, mais il sera également plus goûteux. 

Dommage qu’en Suisse il faille si souvent prouver que l’innovation ou l’art d’ailleurs sont tout aussi importants, si ce n’est plus, que l’institutionnel. Tout le monde a le mot «innovation» à la bouche et parle de son importance, mais dans la réalité, les entreprises ne veulent pas d’innovations, elles les empêchent et les tuent. 

Chez nous en Suisse, c’est une question culturelle. La maîtrise vient avant tout, le risque certes, mais calculé et maîtrisé. Ceci n’est pas vraiment du risque! Notre attitude le démontre, tout depuis notre code vestimentaire jusqu’à notre célèbre consensus à la suisse. La nouveauté fait peur. Le marché suisse est reconnu par de nombreuses marques comme marché test pour sa difficulté à le pénétrer en raison de notre culture hypra-traditionnaliste. Et nous ne faisons rien tant que nous ne sommes pas sûrs à 200 % que nous allons réussir. Satanée prudence!

Il est pourtant connu que de sortir de sa zone de confort est le seul moyen de toucher au bonheur...  et aussi au succès! Alors let’s risk! And enjoy!

* CEO et fondatrice, JMC Lutherie 





 
 
 

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