La croissance économique est-elle toujours un objectif désirable?

mardi, 17.12.2019

Alexandra Rys*

Alexandra Rys

Tel était le titre d’un récent dossier du journal de la CCIG. Certains ont trouvé provocateur, voire iconoclaste, de la part d’une chambre de commerce de poser la question. Elle est pourtant au cœur des sujets de société fondamentaux qui sont actuellement discutés et les entrepreneurs ne sont pas les derniers à la poser.

La croissance économique et le bien-être matériel collectif sont généralement associés et, à court terme, il semble peu discutable que la première détermine le niveau du second: qu’on pense aux emplois supplémentaires ou aux améliorations diverses, tels que logements sociaux ou réduction de la dette publique. Mais le bien-être comporte d’autres dimensions que la composante monétaire, et les conséquences de la croissance économique ne sont pas que positives, y compris pour l’économie: l’augmentation de la population et l’établissement d’étrangers représentent des défis pour la cohésion sociale, le faible nombre de logements disponibles conduit à des difficultés accrues pour se loger, la saturation des transports et l’accroissement de la pollution réduisent la qualité de vie, etc.

Une mauvaise réponse à un vrai problème

Si les effets positifs de la croissance ne peuvent être niés, la croissance de la production se heurte aux limites écologiques et certains économistes ont été séduits par la théorie de la «sortie du développement» pour «assurer la vie des générations futures». 

Mais est-ce que cela doit déboucher sur une «décroissance»? Notre modèle de développement n’est en effet pas durable, mais la décroissance ne serait-elle pas une mauvaise réponse à un vrai problème? La décroissance peut-elle d’ailleurs être autre chose qu’un pur slogan?

Des pistes prometteuses

De nombreux économistes partagent l’idée que tout développement n’est pas intrinsèquement vicié et l’amélioration de la productivité n’est pas forcément synonyme de productivisme. Ainsi, on sait peu que Genève est pionnière en termes d’écologie industrielle, étant active depuis 2001 en la matière et ayant inscrit cette notion dans sa Constitution. L’écologie industrielle consiste à rendre le système économique viable à long terme et compatible avec le fonctionnement normal des écosystèmes naturels, en étudiant le métabolisme des activités économiques pour évaluer les quantités de ressources extraites, transformées, stockées et finalement relâchées dans l’environnement. 

Il n’y a pas de question taboue… même dans les milieux économiques 

Comment mesurer les éléments qualitatifs du développement économique? Quels modèles alternatifs au modèle actuel de la croissance économique existent-ils? Comment arriver à une utilisation plus efficiente des facteurs de production? Poser de telles questions n’est pas l’apanage de factions politiques. Actrice de la vie économique et politique genevoise, la CCIG, comme un nombre croissant de citoyens et d’entreprises, s’interroge. Elle a donc lancé une étude, sous le pilotage d’un comité scientifique, dans le but de proposer des scénarios de réflexion et des outils d’aide à la décision sur comment penser et aborder la croissance. Oui, même les milieux économiques peuvent s’interroger sur l’économie!

* Directrice communication, CCIG





 
 
 

AGEFI

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